Léon Spilliaert d’Eva Bester

Journaliste, Eva Bester a travaillé, entre autres, pour France Culture, Arte et la revue Transfuge. Depuis 2013, sur France Inter, elle anime une émission de radio intitulée « Remèdes à la mélancolie » où elle recueille les confidences de ses invités ainsi que leurs remèdes contre le vague à l’âme. Son thème de prédilection ainsi que son « naturel sombre » lui ont valu le surnom de « Miss Spleen ».

Né à Ostende en 1881 et décédé à Bruxelles en 1946, Léon Spilliaert est l’un des plus célèbres peintres symbolistes belges. Son œuvre, riche et diversifiée, comprend des étendues vides inspirées du paysage ostendais ainsi que de nombreux autoportraits. Son art mélange différentes techniques comme l’encre de Chine, le crayon, le fusain, l’aquarelle, la craie ou la gouache par exemple. La simplification, le minimalisme, l’obscurité et la sensation d’isolement sont des facteurs récurrents et dominants chez l’artiste.

« Spilliaert et moi sommes frères de noir. Ce qui nous différencie, c’est qu’il a du talent, une œuvre et une moustache ». Eva Bester ressuscite Léon Spilliaert pour un hommage court, poétique et éminemment personnel. A chaque ligne, nous ressentons l’alchimie qui unit l’autrice à son « alchimiste ». « Ses paysages sont des asiles, ses portraits, les effigies de nos âmes sombres. Avec ses natures mortes, il transcende le réel et rend le banal fantastique. »

La journaliste est partie sur les traces de son sujet d’étude et les multiples rencontres réalisées ont toujours été un émerveillement. Depuis de nombreuses années, Eva Bester étudie la notion  de « consolation par les arts » et est particulièrement sensible au fait que, dans les travaux de Spilliaert, toute personne qui a déjà « ressenti la morsure du spleen ou de l’angoisse peut trouver une résonance esthétique à ses états d’âme dans l’une des visions du peintre ». Au fil de ce voyage presque initiatique, nous rencontrons d’illustres personnages tels que Lautréamont, Chateaubriand, Poe, Schopenhauer ou encore Nietzsche. Les héritiers de Spilliaert comme Tim Burton ou David Lynch ne sont pas oubliés.

Cet essai est divisé en deux parties : la première présente succinctement le peintre, son art et son âme tourmentée. Les affres inhérentes à la condition humaine, le vertige et, bien sûr, la mélancolie sont autant de thèmes étudiés dans les divers tableaux de l’artiste. Les mots utilisés sont teintés d’humour (noir) et précautionneusement choisis afin de ne pas s’écarter de cette atmosphère d’inquiétante étrangeté si particulière.

La seconde partie présente des œuvres choisies par l’autrice agrémentée de commentaires, pensées ou extraits de livres. Généralement, le tableau est disposé à droite tandis que le texte est de l’autre côté : cet agencement permet au lecteur de s’imprégner de la toile sans être influencé par les mots de l’écrivaine.

La sortie de cet essai coïncide avec l’exposition « Léon Spilliaert (1881 – 1946) : Lumière et solitude » au Musée d’Orsay du 13 octobre 2020 au 10 janvier 2021. Cette exposition se concentre sur les années 1900 à 1919 et présente les « œuvres les plus radicales » de l’artiste.

Roman de Nathalie Rheims

Fille de Maurice Rheims, commissaire-priseur et académicien, Nathalie a commencé sa carrière en tant qu’actrice dans divers téléfilms ainsi qu’au théâtre. Productrice, elle a fondé avec Claude Berri la société Hirsch Productions et s’est impliquée dans de nombreux films à succès tels que « L’un reste, l’autre part » ou « Bienvenue chez les Ch’tis ». En 1999, elle publie son premier roman intitulé « L’un pour l’autre”. 

« Roman », titre de son nouveau livre, n’est pas un nom commun mais le prénom d’un célèbre réalisateur, Roman Polanski. Avec un tel sujet, l’autrice n’a pas choisi la facilité et pourtant, cet essai faustien est parfaitement maîtrisé.

Depuis longtemps, Nathalie Rheims souhaitait se confronter au Diable dont la présence l’accompagnait depuis de nombreuses années. « La première fois que je l’ai croisé, je n’ai pas compris ce qui se passait. J’ai mis des années à reconstituer ce moment, et à comprendre son sens ». Cependant, l’intermédiaire lui manquait. Puis, plusieurs événements ont contribué aux prémices de la rencontre avec ce Faust, longtemps recherché.

Lors de la cérémonie des Césars, Jean-Pierre Darroussin « s’autorise à faire semblant de ne pouvoir prononcer le nom de Roman ». Cette attitude provoque l’effet opposé chez Nathalie Rheims qui ne peut réprimer l’envie de parler du réalisateur et de converser avec lui par l’intermédiaire de l’écriture. Elle tient notamment à préciser qu’elle ne le connaît qu’à travers son œuvre et non personnellement.

L’incendie de Notre-Dame est, selon l’écrivaine, une preuve supplémentaire de la lutte qui oppose le Bien et le Mal et qui nous pousse, en seulement quelques minutes, à décider de l’essentiel et à le sauver. Enfin, le confinement (car le livre a été écrit pendant cette période) est venu s’ajouter à cet enchaînement fatal et linéaire.

La dualité est un sujet finement étudié chez l’autrice qui voit en Roman, avec ce destin à la fois éblouissant et tragique, le fils choisi pour incarner le Diable sur Terre. L’œuvre du cinéaste est décortiquée, ciselée avec une précision chirurgicale. Sa filmographie, en passant par Rosemary’s BabyLa Neuvième Porte, ou encore J’accuse, est questionnée et étudiée sous un prisme unique, parfois à la lumière des situations actuelles.

Nathalie Rheims n’encense pas le travail du réalisateur mais lui confère le titre de « génie maudit ». Celui qui a découpé dans la matière de sa propre vie et qui en restera prisonnier jusqu’à la fin de ses jours. Contrairement au fou, qui lui, est prisonnier de sa propre démence à perpétuité.

L’écrivaine a publié un livre court (143 pages) mais extrêmement dense dans son propos. Sa plume est fluide, intelligente et profonde.

Cet essai philosophique est brillant et va bien au-delà de son sujet premier en offrant de nombreux questionnements sur l’art, la frontière entre l’artiste et son travail ainsi que sur le monde d’aujourd’hui et celui de demain.

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L’ombre d’un soupçon de Liv Constantine


Derrière le nom de plume de Liv Constantine se cachent deux sœurs, Lynne et Valerie Constantine. Elles écrivent principalement des thrillers psychologiques et ont connu un succès retentissant avec « L’autre Mrs Parrish » paru en 2017.

« L’ombre d’un soupçon » ne déroge pas à la règle et s’inscrit dans la continuité des œuvres précédentes du duo. Kate English voit son monde doré s’écrouler lorsque sa mère, Lily, est assassinée à son domicile. Peu après ce drame, elle est persécutée par le meurtrier de sa mère qui lui envoie des messages intimidants, commet des actes malveillants et lui offre des cadeaux sanglants. Comme la police ne lui est d’aucune aide, elle décide de s’associer avec sa meilleure amie Blaire Barrington, récemment réapparue dans sa vie. Elles sont certaines que le coupable fait partie de l’entourage de Kate et mettent tout en œuvre pour le démasquer.

Ce thriller est extrêmement disparate et manque de cohésion entre les chapitres. Nous ressentons qu’il a été écrit par deux personnes car le style diffère énormément et ne permet pas une lecture fluide et aisée. Certaines parties sont haletantes et font monter le suspense tandis que d’autres sont totalement superflues.

Les autrices mettent beaucoup de temps à présenter tous les personnages et à instaurer une atmosphère inquiétante. Elles ajoutent trop d’éléments inutiles comme d’innombrables suspects et de nombreux mobiles qui rendent le récit confus et parfois dénué d’intérêt. Ce livre est très académique et sans profondeur aussi bien dans la psychologie des personnages très stéréotypés que dans la trame narrative.

Moderne, l’histoire emprunte plusieurs idées et composantes de séries actuelles ou plus anciennes à succès. Elle s’apparenterait à un crossover entre « Gossip Girl » et « Pretty Little Liars » ou « Desperate Housewives ». Ces séries (tout comme ce livre) sont remplies de rebondissements, nous montrent qu’il faut regarder au-delà des pelouses bien tondues, des apparences et des faux semblants et nous dévoilent le mobile du crime dans les derniers épisodes (ou les 100 dernières pages dans ce cas-ci). Cependant, les indices distillés tout au long de « L’ombre d’un soupçon » permettent aisément de démêler l’intrigue et d’entrevoir le dénouement.

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Les bâtisseurs du vent d’Aly Deminne

Aly Deminne est traductrice, interprète et professeure de langues slaves. Paru en 2019, Les bâtisseurs du vent est son premier roman.

Andreï Voronov et son père ont quitté leur pays natal pour s’installer dans un bourg reculé. Ils ont posé leurs valises dans l’allée du Vhan, passage écarté et en contrebas, qui accueille tous les exclus : du réfugié au perdu, du retraité au déchu.

Un jour, l’église du village est détruite par la foudre. Ce malheureux événement devient prétexte à un vil chantage de la part du maire et du curé. Andreï doit reconstruire l’église en un temps record sous peine d’être chassé avec ses compagnons d’infortune. Andreï jouit, en effet, d’une excellente réputation dans le domaine de la construction aussi bien pour la qualité de son travail que pour sa vitesse d’exécution. Cependant, un chantier titanesque l’attend cette fois-ci. Pour le mener à bien, il devra compter sur la solidarité des habitants du Vhan.

« Pauvre est le riche qui considère toujours son tout comme pas assez. Riche est le pauvre qui parvient toujours à faire du peu qu’il a son suffisant ». Aly Deminne a écrit un conte poétique, intemporel et très moderne à la fois. Ce livre regorge de bons sentiments, de belles idées et métaphores. Au fur et à mesure que les résidents rebâtissent l’église, ces bâtisseurs du vent accèdent à un degré de liberté inégalé. La morale du roman « Sans cœur étaient les nantis du village reculé où se déroule l’histoire ici contée. Et sans âme se sont-ils tous, à la fin retrouvés » en est aussi un exemple.

Les thèmes abordés sont nombreux et universels comme la transmission, la cohésion, le statut social, la noblesse d’âme, … A chaque page, nous ressentons toute l’implication et le travail qu’Aly Deminne a effectué pour cette première publication notamment dans le choix des titres des différents chapitres, le vocabulaire employé et le style particulièrement fluide, dynamique, attrayant et même féerique à certains moments. Cependant, le lecteur se perd parfois dans des tournures de phrases alambiquées.

Nous regrettons également que cette histoire soit extrêmement manichéenne avec d’un côté, les méchants avides, hypocrites et bêtes et de l’autre, les gentils solidaires et altruistes. Les personnages sont très caricaturaux et manquent cruellement d’envergure.

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Terminal 4 d’Hervé Jourdain

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Né en 1972, Hervé Jourdain a travaillé en tant que lieutenant au sein de la brigade des mineurs puis de la brigade criminelle au mythique 36, quai des Orfèvres. Il est capitaine de police lorsqu’il décide, en 2009, de publier son premier roman Sang d’encre au 36, récompensé par le prix des lecteurs du grand prix VSD du polar. Actuellement, il travaille en tant qu’analyste au ministère de l’Intérieur.

Dans Terminal 4, nous retrouvons le tandem Lola Rivière et Zoé Dechaume pour une enquête dense aux multiples enjeux. En effet, un incendie s’est déclaré aux abords de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle impliquant une dizaine de voitures. Dans l’une d’entre elles, un cadavre carbonisé est découvert.

Dès l’ouverture, nous nous retrouvons au cœur de l’action pour ne jamais en sortir tant ce livre est prenant. Véritable page-turner, il enchaîne les rebondissements, preuves à agencer pour arriver au dénouement de l’enquête et contourne également tous les pièges du roman policier. Lorsque l’action est trop présente, elle peut prendre le dessus au détriment des personnages qui se retrouvent dénués de personnalité, réalité et profondeur. Or, ce n’est absolument pas le cas ici car les différents protagonistes sont finement étudiés et analysés aussi bien dans leurs certitudes et espérances que dans leurs forces et faiblesses.

L’auteur surprend le lecteur par la parfaite maîtrise de son sujet mais également par la richesse des thèmes abordés. Ancien capitaine de police, il a mis toute son expertise au service de son intrigue mais a également étoffé son histoire de plusieurs sujets d’actualité et problématiques environnementales, sociales ou politiques. Hervé Jourdain ne laisse rien au hasard et tous les faits avancés, notamment concernant la pollution atmosphérique générée par l’aéronautique, sont parfaitement documentés. A aucun moment, il est dans la démonstration ou l’étalage de ses connaissances car les théories et éléments scientifiques sont savamment dosés et contribuent tous à l’avancement de l’investigation. Lors de la transposition des écrits, nous ressentons fortement à certains moments les convictions de l’auteur qui ne reste pas neutre face aux événements.

Terminal 4 se distingue donc des autres livres policiers par sa qualité et la pluralité des thématiques. Bien que les indices soient distillés tout au long du livre, le suspense est maintenu jusqu’aux dernières lignes pour un résultat qui surprend le lecteur.

 

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En route, mauvaise troupe de Kenneth Cook

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Kenneth Cook (1929 – 1987) est un journaliste, réalisateur, scénariste et écrivain australien. Au cours de sa vie extrêmement riche et diversifiée, il a notamment fondé un nouveau parti politique et a créé la première ferme à papillons en Australie.

Il a écrit de nombreux romans, recueils de nouvelles ainsi qu’un récit de voyage « En route, mauvaise troupe ! ». Celui-ci a été publié en version originale en 1963 et a récemment été traduit en français.

Dans cette chronique autobiographique, nous suivons les péripéties de la famille Cook composée des parents (Kenneth et Patricia) et de leurs quatre enfants (Paul, Anthony, Megan et Kerry). Dès les premières pages, nous sommes plongés dans le quotidien de cette famille qui vit des aventures rocambolesques et périlleuses. Il faut le dire : la famille Cook est la plus malchanceuse du monde !

Alors qu’elle désherbe le jardin, Patricia est presque renversée par sa voiture garée devant la maison au sommet d’une rue très pentue. Ce malheureux incident a fait germer la conviction suivante dans l’esprit de Kenneth : « le besoin de sécurité que l’on associe à la vie de famille est passablement illusoire. Si le quotidien présente de tels dangers (…), autant mener notre petit bonhomme de chemin dans d’autres régions du monde où la vie est plus risquée, certes, mais trépidante ». Décision est donc prise de naviguer en famille et de réaliser un périple vers Londres d’abord puis de traverser la France, longer l’Italie pour arriver à la destination finale, la Grèce.

Le voyage se passe évidemment très mal entre dysenterie, banqueroute, catastrophes naturelles, naufrage, affaire de contrebande, … Au fil des rebondissements et de la poisse constante de cette famille, le lecteur peut se demander si l’auteur n’a pas volontairement aggravé ou amplifié la réalité. Cependant, Kenneth Cook a pensé à cette éventualité et donne toutes les preuves de la véracité de son récit. Tout d’abord, avec l’introduction, « cette histoire est strictement conforme à la réalité (…) » mais aussi grâce aux différentes photos présentes dans l’ouvrage qui étayent parfaitement ses propos.

Les situations sont parfois dramatiques mais ce livre est loin de l’être. En effet, il est extrêmement bien écrit et très drôle. Nous avons passé un excellent moment grâce au second degré et à l’humour particulier de l’auteur. Néanmoins, nous regrettons que l’histoire soit focalisée essentiellement sur la famille et reste en surface sur de nombreux points. Nous aurions voulu que ce voyage soit également centré sur la découverte et la richesse des cultures et qu’il amène des réflexions plus profondes.

Ce livre est parfait pour cet été car après sa lecture, nous serons presque soulagés de ne pas être partis en vacances !

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Ma soeur, serial killeuse de Oyinkan Braithwaite

 

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Née en 1988 au Nigéria, Oyinkan Braithwaite a passé une partie de son enfance à Londres. Elle a étudié le droit et la création littéraire à l’Université de Surrey et à l’Université Kingston avant de retourner à Lagos (Nigéria). En 2016, elle a été finaliste du Commonwealth Short Story Prize. « Ma sœur, serial killeuse » est son premier roman.

Dans ce livre, nous suivons deux sœurs antagonistes mais néanmoins complémentaires : Korede, l’aînée, est infirmière et secrètement amoureuse de son collègue médecin, Tade. Dévouée, elle protège sa sœur envers et contre tout/tous. Favorite de la famille, extrêmement belle mais égocentrique, Ayoola passe sa vie sur les réseaux sociaux quand elle ne tue pas ses amants ! En effet, Ayoola est une serial-killeuse prolifique et au fil des meurtres, Korede est, quant à elle, devenue experte en nettoyage de scènes de crime et en falsification de preuves. Ce duo déroutant a trouvé un certain équilibre jusqu’à ce qu’Ayoola ne tombe amoureuse du séduisant docteur Tade. Korede se trouve face à un dilemme : protéger l’homme qu’elle aime ou sa sœur ?

Dès les premières lignes, nous sommes plongés au cœur de l’histoire : « Ayoola m’appelle et prononce ces mots que j’avais espéré ne jamais plus entendre : Korede, je l’ai tué ». Cette entrée en matière n’est que le début d’un roman original, contemporain,  plus dense et profond que ne le laissait présager son titre.

Au fil de la lecture, la relation entre les deux sœurs devient de plus en plus toxique et révèle un passé violent dominé par le patriarcat. Ce roman féministe est également une critique de la société nigériane et un questionnement permanent sur la mondialisation.

La société Working Title Films a mis une option sur les droits du livre pour une adaptation cinématographique. Cela ne nous étonne guère car nous visualisons clairement et facilement les scènes et avons parfois l’impression d’être dans un crossover entre Grey’s AnatomyDexter et Dr House. La métaphore des couleurs, et en particulier du rouge, est subtilement utilisée par l’autrice : ce sang présent en abondance lors des meurtres, celui des patients hospitalisés, les liens du sang, la couleur rouge reflétée dans les lunettes sur la couverture du livre, …

La plume est acerbe, parfaitement aiguisée et maîtrisée pour un premier roman. Avec un style fluide, Oyinkan Braithwaite distille des indices, manie les mystères et révélations à des moments étudiés avec brio. Les chapitres nombreux et courts soulèvent plusieurs réflexions sur différents sujets actuels. Tous les ingrédients sont réunis pour un ovni littéraire particulièrement réussi.

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Un fils de Mehdi M. Barsaoui

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Pour son premier long-métrage, Mehdi M. Barsaoui a réuni des acteurs confirmés tels que Sami Bouajila et Najla Ben Abdallah.

Dans ce film, il y a deux histoires : tout d’abord, celle d’une famille tunisienne aisée constituée des parents, Farès et Meriem, et de leur fils, Aziz, âgé d’une dizaine d’années. Farès et Meriem forment un couple heureux et extrêmement uni lorsqu’ils décident de prendre quelques jours de vacances près de Tataouine, dans le sud de la Tunisie. Sur le chemin, ils sont pris dans une embuscade par un groupe de terroristes et Aziz est grièvement blessé au foie. Le jeune garçon est amené d’urgence à l’hôpital où seule une transplantation hépatique peut le sauver. La course contre la montre pour sauver le jeune Aziz commence alors…

La seconde histoire présente en filigrane est celle d’un pays en pleine mutation, quelques mois après la révolution tunisienne de 2011 et la chute du régime de Ben Ali. Un parallèle extrêmement intéressant peut être effectué entre les combats traversés par la famille et ceux vécus au même moment par le pays (passant par des étapes identiques : désintégration, affranchissement et émancipation).

Nous nous retrouvons face à de nombreux rebondissements et questionnements tout au long de ce film passionnant. Le sujet principal du film (que nous ne pouvons dévoiler ici pour laisser la surprise au spectateur) remet en question la vie et les certitudes du personnage principal. Il est traité avec intelligence et une extrême finesse.

Un autre thème fondamental est évidemment celui du don d’organe. Le don d’organe n’est pas très répandu en Tunisie et les listes d’attente pour des greffes sont, dès lors, extrêmement longues. Cette insuffisance donne lieu à de nombreuses inégalités et autres trafics. Le film ne cache pas la sombre réalité des greffes en Tunisie mais transporte également un message et ouvre à la réflexion sur ce sujet. Il est important d’informer et de promouvoir le don d’organe car le manque d’organe disponible est cruellement présent mais il faut que cette décision s’effectue dans le respect des convictions morales, philosophiques et religieuses.

Mehdi M. Barsaoui a réalisé un film subtil, juste et réfléchi qui aborde de nombreux sujets difficiles mais en toute transparence. Les acteurs principaux sont excellents et les gros plans réalisés aux moments clés du film ajoutent une profondeur inattendue dans un huis-clos angoissant. Il nous rassure en nous montrant que l’amour surpasse tout :  les obstacles que nous pensions insurmontables mais également nos certitudes.

 

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Programmation virtuelle pour célébrer la diversité du 7e art !

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Plusieurs initiatives culturelles et actions innovantes ont été mises en place depuis le début de la crise sanitaire. En attendant la réouverture des espaces culturels et des cinémas, le Forum des Images a conçu une programmation virtuelle avec des films en avant-première, des spectacles originaux, des avant-programmes dédiés suivis de débats ou « chats ».

Le Forum des images, un lieu à part

Créé en 1988, le Forum des images a pour objectif de constituer la mémoire audiovisuelle de Paris et célèbre tous les cinémas. « Les cinémas » car le septième art est présent sous des formes diverses et variées : courts et longs métrages, animations, documentaires, fictions, …

Le forum est également un lieu d’échanges où on cultive la diversité, ignore les frontières, encourage le partage et la réflexion. Les œuvres diffusées bousculent nos certitudes, nous surprennent, nous questionnent ou nous sensibilisent sur des thèmes d’actualité.

Création de la salle virtuelle « Le Fil »

Depuis le 9 juin dernier, le Forum des Images a lancé « Le Fil », une salle virtuelle pour des séances pérennes sur une plateforme e-cinéma de « La vingt-cinquième heure » tous les mardis à 20h30.

La programmation spécifique et éditorialisée comprend des films en avant-première ou en version restaurée, des spectacles originaux inspirés de toutes les formes d’images, des avant-programmes dédiés, des débats et « chats » en présence d’artistes ou d’intervenants à découvrir de son canapé.

Pour accéder aux séances, il suffit de se connecter sur la salle virtuelle et de sélectionner le film souhaité dans la liste au tarif unique de 3.50 €. Toutes les étapes sont clairement décrites sur le site du Forum des Images.

La prochaine séance est le mardi 16 juin avec « Les Révoltés de l’an 2000 » en avant-première suivi d’un dialogue avec le réalisateur

« En partenariat avec Carlotta Films, le Forum des images présente en avant-première une version inédite et restaurée des Révoltés de l’an 2000, chef d’œuvre de l’âge d’or du cinéma fantastique espagnol ! Réalisé tout juste au sortir de la ténébreuse période franquiste, le film de Narciso Ibáñez Serrador avec son sujet profondément subversif d’enfants meurtriers est une œuvre inclassable, échappant à tous les poncifs du film d’horreur. Elle demeure une source d’inspiration féconde pour les cinéastes contemporains tels que Guillermo del Toro ou Jaume Balagueró.

A l’issue de la séance, Vincent Paul-Boncour, directeur de Carlotta Films, dialogue avec le réalisateur Fabrice Du Welz sur les arcanes de ce film »

 

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Puisque tu m’aimes de Janine Boissard

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Née le 18 décembre 1932, Janine Boissard est une écrivaine française populaire et particulièrement prolifique. Elle a publié plus d’une quarantaine de livres dont une saga familiale, des œuvres romanesques, … et a également écrit des scénarios pour la télévision et le cinéma.

Dans Puisque tu m’aimes, nous nous retrouvons au cœur de la vie de Montsecret, petite bourgade de Basse-Normandie. Jeune pompier volontaire, Lou est une adolescente de 17 ans au caractère affirmé qui a perdu son insouciance suite au décès de son père renversé par un chauffard. Elle doit  supporter les fréquentes absences de sa mère dues à son métier d’infirmière mais également à un nouvel amour. Elle se rapproche alors de son oncle et parrain, Philippe, pompier héroïque et admiré de tous, dont elle partage la passion.

Depuis un an, des incendies se déclarent pendant des repas de noces. Jusqu’ici, aucune preuve n’a été trouvée indiquant un acte de malveillance. Cependant, après un troisième incendie, le doute n’est plus permis et la piste criminelle est privilégiée. Les habitants s’interrogent : Qui ? Pour quel motif ? Mû par quelle folie ? S’agit-il de quelqu’un du village ? Lou décide d’enquêter avec son ami, Stan, photographe, licencié en morphopsychologie et qui rêve secrètement de devenir profileur.

Dans ce livre, Janine Boissard a voulu, avant tout, rendre hommage au courage et au dévouement des hommes du feu. Elle décrit un métier extrêmement humain, tourné vers l’autre, passionnant mais aussi très exigeant tant au niveau physique que psychologique. Les pompiers sont constamment entourés d’éléments dangereux, d’imprévisibilités répétées mais également confrontés à des prises de décision très rapides mais riches de conséquences.

Cet hommage nécessaire est malheureusement entouré de multiples incohérences et d’une faible intrigue. En effet, les tâches confiées à Lou pendant son service sont trop lourdes pour une adolescente de 17 ans. Nous avons du mal à croire qu’un jeune pompier volontaire soit en première ligne sur des accidents de la route, prodigue des gestes de secourisme seul sans l’aide d’un professionnel.

L’auteure a donné trop d’ indices sur l’incendiaire et l’identité de celui-ci est devenue prévisible. Nous avons attendu un retournement de situation qui n’a pas eu lieu. De plus, les explications sur les raisons des incendies volontaires sont vagues. Contrairement au personnage principal, les autres protagonistes manquent cruellement de profondeur et sont complètement dénoués d’intérêt.

Puisque tu m’aimes est une lecture aisée, facile avec des chapitres qui n’excèdent pas 3 pages. Janine Boissard a su se mettre dans la peau de l’adolescente et cela se ressent dans son écriture claire, limpide et dynamique. L’histoire est assez simple avec quelques beaux passages malheureusement trop disparates et peu nombreux.

 

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