L’Agonie des Grandes Plaines de Robert F. Jones

Né à Milwaukee dans le Wisconsin, Robert F. Jones (1934 – 2002) a notamment été éditorialiste au Men’s Journal et journaliste pour Sports Illustrated et Fields & Stream. Depuis 1974, il a publié de nombreux ouvrages, fictions et autres romans.

Dans L’Agonie des Grandes Plaines, nous suivons le destin de Jenny Doussmann et de son frère Otto, vétéran de la guerre de Sécession reconverti en chasseur de bisons. En 1873, Jenny assiste impuissante à la mort tragique de ses parents. Après ce drame, elle part vivre avec Otto au Kansas et est confrontée à la dure et triste réalité des plaines de l’Ouest américain. Les existences se lient et se délient au rythme des conditions extrêmes, de la disparition des bisons mais également des rivalités entre chasseurs et tribus indiennes. Dans cette tourmente, nul n’est épargné.

 « La prairie vierge : pas encore d’ornières creusées par les roues , ni de cheminées, ni d’araignées – le bison dans toute sa plénitude. Ici, pas d’histoires, pas de numéros, pas même de résonances toponymiques. Pas de traîtres, ni de héros. Et si cette contrée en a eu jadis, qui sait ce qu’ils signifiaient ? ».

Dès l’introduction, Robert F. Jones plante le décor et nous présente le personnage fondamental et primordial de son récit : la nature. Parfaitement décrites, ces grandes plaines, tant convoitées et bientôt décimées, sont aussi belles que cruelles. Elles sont les témoins de la sauvagerie à différents niveaux et témoignent d’un monde à l’agonie. Le lecteur est saisi par l’infinie justesse et l’acuité des mots d’un auteur sans concession.

Plusieurs ouvrages ont déjà été édités sur ce sujet mais ce livre se distingue des autres par de nombreux aspects. Les westerns traitant de la conquête de l’Ouest se ressemblent généralement et tombent dans les mêmes pièges. Ici, l’écrivain apporte un supplément d’âme notamment grâce à la description consciencieuse de la vie des divers protagonistes. Chaque personnage livre une bataille différente et dans certains cas, le combat est tout d’abord contre lui-même.

Nous ressentons tout l’investissement de Robert F. Jones ainsi que les multiples recherches effectuées pour offrir un document précis (et le plus fidèle possible) sur cette période douloureuse. Avec ce livre, l’auteur emmène le lecteur dans un voyage fascinant, percutant et déroutant sans interruption jusqu’à la dernière page.

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Le Grand Tremblement de terre du Kantô

Akira Yoshimura (吉村 昭) est un auteur japonais né à Tokyo en 1927 et décédé en 2006 à Mitaka. L’époux de l’écrivaine Setsuko Tsumura (津村節子) a remporté de nombreuses distinctions et laissé une œuvre magistrale et considérable. Ses livres sont profondément marquants grâce à un style incomparable et ont laissé une empreinte indélébile dans la littérature japonaise contemporaine.

« Le Grand Tremblement de terre du Kantô » (関東大震災) raconte l’effroyable séisme du 01 septembre 1923 qui a dévasté Tokyo et l’ensemble de sa région. Cette catastrophe naturelle aura des répercussions désastreuses et laissera tout un pays dans la terreur et la désolation.

Akira Yoshimura a vécu toute son enfance avec le récit du grand tremblement de terre du Kantô. Ses parents lui ont décrit la confusion des esprits et la « panique que ressent l’homme face à ses semblables lorsqu’il est confronté à une catastrophe ». Ce « devoir de mémoire » a poussé l’auteur à écrire cet essai puissant après le recueil de nombreux témoignages mais également des recherches minutieuses sur la chronologie des événements.

Ecrit en 1973, ce livre est, dès lors, un document historique précis et complet sur le séisme de Kantô. Après une ouverture sur l’essaim sismique, l’écrivain construit son récit sous la forme d’un reportage avec le déroulement détaillé du drame ainsi que le rapport difficile des dommages et destructions dans la préfecture de Tokyo notamment. La deuxième partie se concentre principalement sur les rumeurs des attaques lancées par des Coréens. Akira Yoshimura analyse la virulence du racisme de manière approfondie. Enfin, la troisième partie traite du long chemin vers la reconstruction même si l’essai témoigne, à chaque ligne, de la force, l’énergie inébranlable, et le besoin d’un peuple de se relever après une telle tragédie.

Ce drame est aussi synonyme de rivalité entre deux sismologues aux thèses diamétralement opposées. Parfaitement raconté et maîtrisé par l’auteur, ce combat d’idées, de certitudes mais aussi d’egos aura des conséquences multiples et évidemment désastreuses.

Malheureusement, ce document est extrêmement laborieux à lire malgré d’évidentes qualités. La continuité du récit (et sa fluidité) est parfois interrompue par la retranscription de données chiffrées ou divers tableaux présentant sur plusieurs pages le nombre de bâtiments complètement/partiellement détruits en fonction des arrondissements et localités/cantons par exemple. Ce sens du détail poussé à l’extrême peut contribuer à perdre le lecteur qui ne possède pas une connaissance préalable (et, de plus, approfondie) de la géographie du Japon.

Le merveilleux talent de conteur d’Akira Yoshimura est présent dans cet essai grâce à ce style clinique si personnel et inimitable. Nous parvenons à visualiser pleinement les scènes les plus sombres grâce à des descriptions éloquentes mais souvent, difficilement supportables.

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Xavier Dupont de Ligonnès : l’enquête

Depuis plusieurs années, l’affaire Dupont de Ligonnès déchaîne les passions et les théories les plus farfelues. Celle-ci a déjà fait l’objet de romans, d’enquêtes journalistiques, de documentaires télévisés, de docufictions, de téléfilms, …

Cette affaire criminelle, également appelée « la tuerie de Nantes », reste l’un des plus grands mystères de ces dix dernières années. A ce jour, Xavier Dupont de Ligonnès, suspecté d’avoir tué sa femme et ses quatre enfants, demeure introuvable malgré de multiples rebondissements (dernier en date : le  fiasco médiatique lors de sa fausse arrestation à Glasgow en octobre 2019).

Genèse d’un livre attendu

Pendant l’été 2020, le magazine Society publie un récit « gargantuesque » sur ce drame familial divisé en deux parties. La première intitulée « Xavier Dupont de Ligonnès : ce que vous n’avez jamais lu » est un portrait de l’homme ainsi que de sa longue, progressive et inextricable descente aux enfers.

La seconde partie « XDDL : La grande enquête » se focalise sur la traque d’un des hommes les plus recherchés en passant par d’innombrables coïncidences, fausses pistes, drames et autres impasses.

Les deux volets de ce magazine ont connu un succès retentissant et réalisé d’importants chiffres de vente. Plébiscités par le public, les deux numéros ont donc été regroupés en un livre.

Particularités d’un livre singulier

Les journalistes Pierre Boisson, Maxime Chamoux, Sylvain Gouverneur et Thibault Raisse ont passé quatre années à étudier et analyser l’affaire Dupont de Ligonnès. Cette investigation minutieuse a porté ses fruits et donné naissance à un travail complet, clair mais aussi concis puisque le livre comporte moins de 200 pages.

Au fil de ces dernières, nous entrons dans un véritable labyrinthe tortueux peuplé de preuves et d’indices troublants mais également de mensonges et secrets inavouables. Des chapitres comme « La grotte », « Le projet Crystal » ou encore « L’Eglise de Philadelphie » sont particulièrement intéressants car ils nous offrent un angle inédit et précis d’une fin tragique et presque inévitable.

Le lien de XDDL avec son ami d’enfance, Emmanuel Teneur, est l’un des fils conducteurs du livre. Les auteurs ne sont pas tombés dans le piège d’une exposition froide et détachée des faits grâce notamment à cette attache amicale, auscultée de manière consciencieuse et profondément « humaine ». Malheureusement, cet ami ne connaîtra jamais le dénouement de cette tragédie. « Xavier Ligonnès a tué Emmanuel Teneur. (…) et il a détruit tous ceux qui ont fait partie de sa vie ».

Pour une meilleure compréhension de la chronologie des événements et des relations entre les multiples intervenants, les auteurs ont pensé à inclure plusieurs tableaux, documents, arbres généalogiques et autres photos.

L’après

L’engouement du public pour cette enquête fleuve a poussé les auteurs à aller encore plus loin en signant un partenariat avec Federation Entertainment. Le livre « le plus complet » à ce jour sur XDDL sera donc bientôt décliné en série.

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Jamaiplu de Josiane Balasko

Avec Jamaiplu, Josiane Balasko ajoute une corde supplémentaire à son arc déjà bien rempli. La comédienne est très populaire grâce notamment aux inévitables rediffusions annuelles des films de Patrice Leconte et de Jean-Marie Poiré mais il serait regrettable de la réduire au célèbre « triptyque » (Les Bronzés, Les  Bronzés font du ski et Le Père Noël est une ordure). En effet, Josiane Balasko est une actrice, réalisatrice et scénariste de talent qui nous offre une palette d’émotions depuis près de cinquante ans.

Ce recueil comprend huit nouvelles aux titres attractifs tels que « Jamaiplu », « Le Boss », « Un scénario d’enfer », « Histoire sainte », « Les explorateurs », « Adopteunzombie.com », « Faites pousser un extraterrestre » et « Le musée de l’Homme ». Dès les premières lignes, nous entrons dans un univers personnel et particulier aux multiples dimensions. Chaque histoire rend hommage à un maître de la science-fiction ou du fantastique. Au fil du recueil, nous discernons les univers d’Edgar Allan Poe, Fredric Brown, Ursula K. Le Guin, John Wyndham ou encore Ray Bradbury.

Empreintes de nostalgie, les différentes nouvelles nous emmènent à des moments spécifiques de notre enfance et ravivent nos souvenirs grâce à des sensations ou objets cités. Ainsi, nous retrouvons, par exemple, le magazine de bande dessinée Pif Gadget au cœur d’une intrigue rocambolesque.

Cependant, cette nostalgie palpable n’est pas synonyme de mélancolie ou de fadeur. Celle-ci est entremêlée d’une bonne dose d’humour, de suspense et de burlesque. Plus profond qu’il n’y paraît, ce livre traite de sujets éminemment modernes et d’actualité mais aussi des combats de l’artiste. Engagée en faveur de la cause animale, l’autrice a évidemment consacré une partie de son ouvrage aux animaux et à la communication télépathique.

Josiane Balasko est très honnête tant dans sa démarche que dans son écriture brute, simple, dénuée de fioritures mais néanmoins parsemée de quelques épisodes poétiques. Nous regrettons que les nouvelles ne soient pas toutes maîtrisées avec la même intensité. Paradoxalement, c’est grâce à ce livre surprenant que nous avons appris à mieux connaître la comédienne.

Extrêmement varié au niveau du style et des thèmes abordés, Jamaiplu nous procure un intermède touchant et réjouissant au climat actuel.

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Le Code de la créativité de Marcus du Sautoy

Né en 1965 à Londres, Marcus du Sautoy est professeur de mathématiques à l’université d’Oxford. Il anime également une émission de radio sur la BBC 4 et collabore régulièrement au Times et au Guardian. 

Grand amateur de musique, il pratique le piano et le trombone. Cette passion est d’ailleurs à l’origine de son premier livre intitulé « La Symphonie des nombres premiers » (« The Music of the primes ») sorti en 2003. « Le Code de la créativité » est le cinquième livre de l’auteur publié aux éditions Héloïse d’Ormesson.

Formidable défi, l’intelligence artificielle nous montre quotidiennement que certaines tâches sont aussi bien, voire mieux, réalisées par des machines. Traversant une crise existentielle, l’auteur s’est demandé, face aux nouveaux développements de l’IA, si l’homme pourra encore exercer le métier de mathématicien dans les prochaines décennies. Néanmoins, les mathématiques ne se résument pas aux nombres et à la logique mais représentent également un terrain extrêmement créatif où la beauté et l’esthétique jouent un rôle prépondérant.

Cette réflexion marque le début d’un voyage unique et passionnant au cœur de l’IA sous un angle inédit : celui des arts et de la créativité. Les questions posées tout au long de l’ouvrage sont plus intéressantes les unes que les autres : Les machines peuvent-elles être créatives ? Que veut dire être créatif ? Dans quelle mesure notre réaction émotionnelle à une œuvre d’art est-elle un produit de notre cerveau qui réagit à la structure et au motif ? 

Au fil de cet essai, Marcus du Sautoy nous présente les codes et autres règles mathématiques qui sous-tendent les algorithmes et contrôlent la vie moderne. Pour ce professeur, il est, en effet, inconcevable de parler de l’apprentissage artificiel ou automatique sans en comprendre ses mécanismes (dans le cas contraire, le lecteur risquerait de se faire « chahuter par les machines » !). Cependant, même si ce livre est régi par les algorithmes, il est parfaitement accessible et loin d’être indigeste.

L’écrivain est brillant lorsqu’il lie ses explications scientifiques aux divertissements, à l’art et à la culture. Ainsi, le classement d’un volume important de données, élément clé de l’apprentissage automatique, est présenté à l’aide du système de notation des films sur Netflix. Cette démonstration permet notamment de mettre en lumière que le code informatique identifie des caractéristiques qui guident nos choix, dont nous avons l’intuition mais que nous ne parvenons pas à exprimer clairement. Le chapitre sur la peinture, avec la résurrection de Rembrandt, est étonnant. La peinture appliquée sur toile donne une topographie particulière jouant un rôle primordial dans l’effet obtenu et la composition du tableau. Réalisé sur écran, l’art est limité à la toile numérique en deux dimensions et la qualité de la texture d’un tableau est donc souvent omise. La reconnaissance visuelle est l’occasion pour l’universitaire de parler de Google et, plus précisément, de DeepDream et son idée géniale d’inverser le processus afin de découvrir comment ces algorithmes voient le monde.

Durant cette expédition, le lecteur apprend le son des mathématiques à l’aide de la musique et du premier codeur musical. Il est invité à écrire des chansons grâce notamment au Continuateur, le premier improvisateur de jazz sur ordinateur. Il est aussi candidat du jeu télévisé de culture générale « Jeopardy » ou l’auteur du prochain tome d’Harry Potter grâce à Botnik.

Avec cet essai dense, riche et fouillé, Marcus du Sautoy réussit à captiver tous les lecteurs, même les plus réfractaires aux mathématiques grâce à des exemples actuels savamment choisis et une grande maîtrise de son sujet. Cependant, l’écrivain n’apporte pas toutes les réponses aux diverses questions posées au fil de son ouvrage.

Pour aller plus loin : Marcus du Sautoy est le présentateur d’une série documentaire sur Netflix intitulée « The Code ». Celle-ci examine le code mathématique qui sous-tend les formes de vie sur Terre et dans l’univers.

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FBMU, unis pour la culture !

La crise sanitaire a un impact dévastateur pour les artistes mais également pour toutes les personnes qui travaillent dans le secteur de la culture. Souvent oubliés, ces professionnels doivent faire face à de nombreuses problématiques et défendre constamment leurs droits.

En avril 2020, les agences de booking et de management musical basées en Fédération Wallonie-Bruxelles se sont réunies afin de créer la FBMU (Fédération des Bookers et Managers Uni.e.s). Celle-ci a pour but de représenter ses membres et leurs métiers auprès des instances politiques et du secteur culturel.

Pour mieux comprendre les fondements, valeurs et répercussions de cette initiative importante et nécessaire, nous avons donné la parole à trois membres de la FBMU :

  • Ingrid Bezikofer : manager d’artistes, elle a fondé Feral ART en 2018. Ses artistes ont comme point commun de chanter en français dans des styles différents mais partagent tous un esprit très « roots », sauvage.
  • Paméla Malempré : travaille pour Aubergine Artist Management depuis 3 ans. Agence principalement active dans le milieu du jazz au sens large, elle représente aussi bien des artistes établis que des jeunes talents.
  • Stan Bourguignon : musicien et booker auprès de Chouette asbl. Collectif d’artistes créé en 2011, cette asbl regroupe plus de 40 musiciens et 10 groupes réunis autour d’une passion commune pour la musique qui se partage au plus proche du public.

Pourquoi les agences de booking et de management sont-elles un relais indispensable entre les artistes et les diffuseurs/organisateurs ?

Paméla Malempré (PM) : Le travail de l’artiste est avant tout de créer, d’imaginer des projets, d’explorer de nouvelles pistes, de collaborer avec d’autres artistes… Cela prend énormément de temps et d’énergie. Cependant, en plus de ce travail artistique, il y a tout un volet indispensable qui consiste à promouvoir et diffuser la réalisation. Cela passe notamment par les médias, les lieux et plateformes de diffusion (salles d’exposition, salles de concert ou de théâtre, diffusion digitale, labels…). Cette diffusion et cette médiatisation demandent un énorme travail de construction de réseau et de connaissance du secteur concerné.

Les agences de management offrent à l’artiste un encadrement complet de sa carrière, ce qui implique un grand nombre de partenaires et donc de contrats à négocier, de décisions stratégiques à prendre… Par leurs expériences avec plusieurs artistes, les agences ont un regard éclairé sur ce qui bénéficie ou non à tel ou tel projet (en termes d’image, de promotion, de partenaires, de bookers, de labels, d’éditeurs…).

Les agences de booking ont un réseau de diffusion en général spécifique (selon le style et le territoire). Elles présentent ainsi leurs artistes aux salles adaptées, et établissent les catalogues d’artistes selon les mêmes critères. Le travail de management et de booking est complémentaire au côté artistique. Il représente d’autres compétences.

Ingrid Bezikofer (IB) : Les structures d’encadrement des artistes, de management ou de booking permettent de les accompagner tout au long de leur parcours professionnel. Elles offrent un regard extérieur sur les stratégies à entreprendre, proposent une organisation voire une méthodologie afin d’établir des relations et plans d’action cohérents de sorte que la musique créée rencontre son public. A partir de la création, et au-delà du talent des musiciens, un grand nombre de compétences sont nécessaires pour permettre à des œuvres culturelles d’atteindre la diffusion la plus large possible (qu’elle soit médiatique ou sur les scènes live). Les artistes, en s’entourant de managers et/ou bookers, peuvent se concentrer davantage sur les aspects créatifs, tout en déléguant les aspects qui relèvent plutôt de la gestion administrative, de la communication et de la stratégie à un entourage encadrant. La confiance au sein des équipes et la passion commune pour la musique créée par l’artiste sont au centre du travail, qui mène à la rencontre avec le public et à ce que l’artiste puisse vivre de son art.

Stan Bourguignon (SB) : Par leur travail et leur expérience, ces équipes contribuent à assurer les meilleures conditions possibles pour le déroulement d’un concert, tant pour les artistes que les diffuseurs. Le travail des agences consiste à faire en sorte que les besoins des différentes parties soient rencontrés, du début d’une négociation jusqu’à la facturation d’un concert réussi (conditions d’accueil, communication, production, etc.). Elles se montrent proactives et aident au développement des artistes qu’elles accompagnent. C’est un vecteur de professionnalisation de la filière live dans son ensemble.

Pouvez-vous présenter la FBMU et parler des raisons de sa création ?

SB : La FBMU a été créée dans un contexte de mobilisation du secteur culturel à la suite des mesures prises dans le cadre de la lutte contre le Covid. Nous avons été interpellés par nos collègues du CCMA (Comité de Concertation des Métiers des Musiques Actuelles) sur le fait qu’il n’existait pas d’espace de concertation entre les professionnels des métiers du booking et du management, et dès lors pas d’interlocuteur pour représenter les réalités propres à ces métiers. Sur base d’une invitation, la plus large possible, à nos collègues, une cinquantaine d’agences se sont rapidement mobilisées autour de l’idée de la création de la FBMU.

PM : La FBMU s’est créée alors que les fédérations existantes se rassemblaient pour trouver des solutions lorsque est apparue la crise du Covid, dès mars 2020. Nous ne pouvions pas ne pas en être, et cela a été l’occasion d’enfin se fédérer et de représenter à la fois les agences de booking et celles de management, en sachant que beaucoup d’agences ont en réalité ces deux casquettes, surtout dans le développement.

IB : La FBMU a donc été créée pour étudier les problématiques liées aux différents métiers et secteurs représentés. Elle apporte une nouvelle expertise ainsi que de nouveaux éclairages grâce aux expériences partagées et à la solidarité de ses membres.

(Les différents membres de la FBMU – septembre 2020)

Quels sont les principaux objectifs de cette création ?

IB : L’objectif de la fédération est clairement de faire entendre nos voix. En tant que managers et bookers, soit nous sommes invisibles dans le métier, soit nos métiers sont méconnus. Les bookers font un travail de prospection auprès des organisateurs et salles pour trouver des dates aux artistes. C’est un travail de longue haleine, de contacts, de réseaux. Ce long travail de fond mène à la reconnaissance d’une agence de booking et crée la confiance entre les agences et les salles pour placer les artistes. Il faut faire attention à ce que ça « matche » ; toutes les salles ou festivals ne programment pas tous les styles musicaux, il faut donc bien cibler les demandes, négocier les contrats, etc. Pour les managers, c’est peut-être encore plus ardu. En tant que manager, on me demande souvent : « Donc vous trouvez des lieux de concert pour les artistes ? » Oui, je fais également du booking, mais un peu par défaut. Manager, c’est surtout encadrer les artistes, les accompagner dans leurs projets artistiques, les aider dans les démarches logistiques pour la création, la communication, les plans stratégiques accompagnant la sortie d’albums, établir des relations avec les autres métiers (attaché de presse, labels, booker…) afin de permettre au projet de tourner un maximum, d’être connu, et de faire vivre l’artiste. C’est véritablement un travail de fond qui commence bien avant les paillettes de la scène. La FBMU est réellement née d’une envie commune de faire reconnaître nos métiers, peut-être même les réhabiliter un peu et également de créer un espace où nous pouvons échanger entre professionnels faisant le même travail et donc s’entraider.

SB : Nous avons commencé par mener une enquête interne en mettant nos données en commun pour mieux définir les contours de nos métiers (volume d’emploi artistique et au sein des agences,  aspects du travail effectué, styles musicaux représentés, etc.). Nous avons constitué différents groupes de travail dans le but de mettre en place une communication, entamer une réflexion sur l’impact de notre secteur, créer des liens, garantir la circulation des informations…

PM : Notre première mission a été de définir nos métiers ensemble, de leur donner un périmètre concret et une valeur économique. Nous effectuons tant de choses, tant de tâches différentes sur une journée… Il était important de lister tout ça et de créer une définition qui corresponde à tout le monde, en tant que FBMU et en tant qu’agents. Ensuite, nous voulons valoriser notre travail. Nous œuvrons dans l’ombre, et peu de personnes en dehors du secteur artistique connaissent vraiment nos réalités et nos missions. Nous voulons être intégrés dans les discussions qui concernent le secteur musical et son avenir avec les autres fédérations de métiers. Mais aussi être un relais pour le monde politique, afin de faire comprendre notre travail et être reconnus comme indispensables pour notre secteur. Mais aussi sensibiliser les artistes à « l’à côté », c’est-à-dire le travail de management.

Actuellement, le secteur culturel est gravement touché par la crise. Comment vous êtes-vous adaptés face à cette situation ?

SB : Nos métiers et nos structures sont actuellement extrêmement fragilisés (environ 30 % du volume d’activités est seulement prévu en ce qui nous concerne, avec un salaire à assurer malgré tout). Il est trop tôt à ce stade pour dire que nous avons pu nous adapter. Nous avons axé notre travail sur plus d’administratif (suivi de toutes les demandes d’aide possibles pour les musiciens membres de l’asbl et pour l’asbl elle-même), et essayons en même temps d’anticiper sur des formules musicales plus légères techniquement en vue de prestations Covid-résilientes et en extérieur la saison prochaine, sur d’éventuels ponts à créer avec le monde de l’animation et de l’enseignement pour étendre les opportunités à plus long terme en cas d’érosion du secteur live (disparition à craindre d’un certain nombre de festivals et de lieux de diffusion).

PM : Postposer des concerts, en annuler d’autres, continuer de créer du contenu, prendre le temps de redéfinir les objectifs de chaque projet, remplir des formulaires de soutien, essayer de garder le moral et voir plus loin dans le temps, mettre en place de nouvelles tournées et de nouvelles stratégies, de nouvelles collaborations, se recentrer sur le marché local… Tout perdre à nouveau peut-être, mais là encore, voir plus loin, continuer de créer, d’imaginer la suite, rester visible…

IB : En effet, plus la crise dure, plus on s’enfonce et moins on a l’impression que les perspectives s’améliorent. Néanmoins, on s’adapte, on renforce notre travail administratif pour trouver des financements, notamment les aides proposées par les différents gouvernements. Feral ART a toujours représenté des artistes très « roots ». Pendant l’été, où il y a eu un petit répit durant la pandémie, certains artistes ont même plus tourné que les années précédentes, car les petits lieux, les associations culturelles, qui sont moins grandes mais plus résilientes, ont mis un point d’honneur à maintenir des événements, en extérieur et avec de légères modifications, permettant de se conformer aux mesures sanitaires en place. Et surtout, en tant que professionnels, on a vu une vraie mobilisation, les gens se parlent, se fédèrent, essaient de réfléchir ensemble à l’avenir. Et ça, c’est vraiment encourageant !

Comment pouvons-nous concrètement vous aider ainsi que les artistes ?

PM : Pour le monde musical, acheter les albums des artistes que vous appréciez et que vous voulez soutenir, partager leur musique, la faire découvrir à vos amis. Je crois profondément au bouche-à-oreille, et au plaisir de partager quelque chose qu’on aime. Quand les concerts reprendront, y aller ! Acheter une place et aller voir des shows ! Aller voir des spectacles, des expos…

SB : Offrir ou s’offrir de la musique, s’intéresser aux différentes scènes locales qui foisonnent de créativité, participer aux concerts dès que ce sera à nouveau possible, pourquoi pas même en organiser !

IB : Je suis d’accord avec mes collègues. Pour soutenir les artistes, il faut soutenir leur travail. Et comme chaque travail mérite salaire, c’est une bonne chose de mettre (parfois) la main au portefeuille pour acheter un album, des places de concert, du merchandising (t-shirts et autres mugs…) à l’effigie des groupes. La culture gratuite n’existe pas. Avec les plateformes et le streaming, on a l’impression que la culture ne coûte plus rien. Mais tout se paye, les grosses multinationales profitent des placements publicitaires et des données privées pour se rémunérer, ne laissant que des miettes aux artistes. Alors pour les soutenir, on peut aussi signer des pétitions pour une plus grande diffusion des artistes sur les ondes radio, contre les rémunérations injustes des plateformes, etc. Et aussi, partager avec vos amis, sur les réseaux sociaux (sic) mais surtout dans la vraie vie !

Où pouvons-nous suivre vos différentes actualités ainsi que celles de la FBMU ?

IB : Depuis peu, la FBMU a une page Facebook. Elle démarre lentement, mais nous comptons réellement en faire un lieu de relais pour nos activités. Il y a énormément de sujets qui sont discutés actuellement, entre les quotas radio, la place des femmes dans la musique, les nouveaux modèles plus durables du secteur, la réforme du statut d’artiste… On espère pouvoir informer sur ces enjeux via la page et toucher aussi bien les artistes que les autres professionnels du secteur.

PM : Pour la FBMU, nous avons un site Internet, mais il ne reprend pas encore notre actualité. Toutes les agences ont par contre des sites et pages Facebook présentant l’ensemble des activités de leurs artistes. Notre mission à la FBMU sera essentiellement du B to B, donc pour le moment, nous n’avons pas encore pris le temps de partager ce sur quoi nous travaillons. Nous faisons tout cela bénévolement, en plus de nos emplois déjà très accaparants. On aurait bien besoin d’un manager pour gérer cet aspect-là pour nous !

SB : Sur le site de la FBMU ainsi que sur Facebook et Instagram

Un grand merci à Paméla, Ingrid et Stan pour cet échange particulièrement intéressant et inspirant !

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La mer sans étoiles d’Erin Morgenstern

Née en 1978 dans le Massachusetts, Erin Morgenstern a étudié le théâtre et les arts graphiques au Smith College. Elle écrit principalement des romans de fantasy et peint à ses heures perdues. En 2012, elle a reçu le Prix Locus du meilleur premier roman pour son livre « Le Cirque des rêves » (The Night Circus).

 « La Mer sans Étoiles » retrace les aventures de Zachary Ezra Rawlins, étudiant en thèse. Dans la bibliothèque de son université, il est attiré par un volume relié d’un tissu couleur vin. La tranche ainsi que la couverture de ce livre sont muettes, un titre apparaît seulement à la première page « Doux chagrins ». Dans sa chambre universitaire, il commence la lecture de ce mystérieux ouvrage et découvre avec stupéfaction que des scènes de son enfance y sont décrites. Une véritable quête initiatique commence alors pour le héros.

« Zachary Ezra Rawlins fixe des yeux la version miniature des mêmes symboles qu’il a autrefois contemplés dans une ruelle derrière la boutique de sa mère et se demande comment, exactement, il est censé continuer une histoire dont il ignorait faire partie. »

Dotée d’une imagination extrêmement fertile et sans limite, Erin Morgenstern emmène le lecteur dans son univers poétique et très personnel. Destiné à un public adulte, ce conte est extrêmement dense et ne se dévoile pas entièrement à la première lecture. Il est constitué d’énigmes, de labyrinthes tortueux et de fils invisibles mais fondamentaux pour sa compréhension.

L’autrice parle directement à l’enfant qui sommeille encore en nous et fait appel à nos souvenirs grâce à de nombreuses références littéraires. L’écriture onirique ainsi que diverses mentions (chats, thés, cupcakes, …) font immédiatement penser à « Alice aux pays des merveilles ». Certaines richesses philosophiques nous rappellent « Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry. Mais, nous voyons aussi et surtout un hommage rendu à un célèbre sorcier et à sa créatrice, J. K. Rowling. Erin Morgenstern a, comme son illustre prédécesseure, créé un monde parallèle avec une précision extrême jusqu’au nom de famille du personnage principal (Rawlins). Chaque détail de cet univers particulier est pensé, ciselé et sculpté.

« La Mer sans Étoiles » offre également une analyse moderne sur les jeux vidéos et les nouvelles technologies de manière générale. De nombreuses comparaisons peuvent être effectuées avec le film « Ready Player One » de Steven Spielberg, grâce notamment aux réflexions et questionnements proposés sur un monde oscillant entre réel et virtuel.

Erin Morgenstern a écrit un conte intelligent, riche et dense qui peut paraître difficile d’accès au premier abord. Une fois apprivoisé, celui-ci nous dévoile un macrocosme original, mystérieux et très imagé. Une seconde lecture de ce roman peut être nécessaire et est même recommandée pour en extraire toutes les références et métaphores littéraires et cinématographiques.

(Cet article est également disponible sur le site du Suricate Magazine)

Léon Spilliaert d’Eva Bester

Journaliste, Eva Bester a travaillé, entre autres, pour France Culture, Arte et la revue Transfuge. Depuis 2013, sur France Inter, elle anime une émission de radio intitulée « Remèdes à la mélancolie » où elle recueille les confidences de ses invités ainsi que leurs remèdes contre le vague à l’âme. Son thème de prédilection ainsi que son « naturel sombre » lui ont valu le surnom de « Miss Spleen ».

Né à Ostende en 1881 et décédé à Bruxelles en 1946, Léon Spilliaert est l’un des plus célèbres peintres symbolistes belges. Son œuvre, riche et diversifiée, comprend des étendues vides inspirées du paysage ostendais ainsi que de nombreux autoportraits. Son art mélange différentes techniques comme l’encre de Chine, le crayon, le fusain, l’aquarelle, la craie ou la gouache par exemple. La simplification, le minimalisme, l’obscurité et la sensation d’isolement sont des facteurs récurrents et dominants chez l’artiste.

« Spilliaert et moi sommes frères de noir. Ce qui nous différencie, c’est qu’il a du talent, une œuvre et une moustache ». Eva Bester ressuscite Léon Spilliaert pour un hommage court, poétique et éminemment personnel. A chaque ligne, nous ressentons l’alchimie qui unit l’autrice à son « alchimiste ». « Ses paysages sont des asiles, ses portraits, les effigies de nos âmes sombres. Avec ses natures mortes, il transcende le réel et rend le banal fantastique. »

La journaliste est partie sur les traces de son sujet d’étude et les multiples rencontres réalisées ont toujours été un émerveillement. Depuis de nombreuses années, Eva Bester étudie la notion  de « consolation par les arts » et est particulièrement sensible au fait que, dans les travaux de Spilliaert, toute personne qui a déjà « ressenti la morsure du spleen ou de l’angoisse peut trouver une résonance esthétique à ses états d’âme dans l’une des visions du peintre ». Au fil de ce voyage presque initiatique, nous rencontrons d’illustres personnages tels que Lautréamont, Chateaubriand, Poe, Schopenhauer ou encore Nietzsche. Les héritiers de Spilliaert comme Tim Burton ou David Lynch ne sont pas oubliés.

Cet essai est divisé en deux parties : la première présente succinctement le peintre, son art et son âme tourmentée. Les affres inhérentes à la condition humaine, le vertige et, bien sûr, la mélancolie sont autant de thèmes étudiés dans les divers tableaux de l’artiste. Les mots utilisés sont teintés d’humour (noir) et précautionneusement choisis afin de ne pas s’écarter de cette atmosphère d’inquiétante étrangeté si particulière.

La seconde partie présente des œuvres choisies par l’autrice agrémentée de commentaires, pensées ou extraits de livres. Généralement, le tableau est disposé à droite tandis que le texte est de l’autre côté : cet agencement permet au lecteur de s’imprégner de la toile sans être influencé par les mots de l’écrivaine.

La sortie de cet essai coïncide avec l’exposition « Léon Spilliaert (1881 – 1946) : Lumière et solitude » au Musée d’Orsay du 13 octobre 2020 au 10 janvier 2021. Cette exposition se concentre sur les années 1900 à 1919 et présente les « œuvres les plus radicales » de l’artiste.

Roman de Nathalie Rheims

Fille de Maurice Rheims, commissaire-priseur et académicien, Nathalie a commencé sa carrière en tant qu’actrice dans divers téléfilms ainsi qu’au théâtre. Productrice, elle a fondé avec Claude Berri la société Hirsch Productions et s’est impliquée dans de nombreux films à succès tels que « L’un reste, l’autre part » ou « Bienvenue chez les Ch’tis ». En 1999, elle publie son premier roman intitulé « L’un pour l’autre”. 

« Roman », titre de son nouveau livre, n’est pas un nom commun mais le prénom d’un célèbre réalisateur, Roman Polanski. Avec un tel sujet, l’autrice n’a pas choisi la facilité et pourtant, cet essai faustien est parfaitement maîtrisé.

Depuis longtemps, Nathalie Rheims souhaitait se confronter au Diable dont la présence l’accompagnait depuis de nombreuses années. « La première fois que je l’ai croisé, je n’ai pas compris ce qui se passait. J’ai mis des années à reconstituer ce moment, et à comprendre son sens ». Cependant, l’intermédiaire lui manquait. Puis, plusieurs événements ont contribué aux prémices de la rencontre avec ce Faust, longtemps recherché.

Lors de la cérémonie des Césars, Jean-Pierre Darroussin « s’autorise à faire semblant de ne pouvoir prononcer le nom de Roman ». Cette attitude provoque l’effet opposé chez Nathalie Rheims qui ne peut réprimer l’envie de parler du réalisateur et de converser avec lui par l’intermédiaire de l’écriture. Elle tient notamment à préciser qu’elle ne le connaît qu’à travers son œuvre et non personnellement.

L’incendie de Notre-Dame est, selon l’écrivaine, une preuve supplémentaire de la lutte qui oppose le Bien et le Mal et qui nous pousse, en seulement quelques minutes, à décider de l’essentiel et à le sauver. Enfin, le confinement (car le livre a été écrit pendant cette période) est venu s’ajouter à cet enchaînement fatal et linéaire.

La dualité est un sujet finement étudié chez l’autrice qui voit en Roman, avec ce destin à la fois éblouissant et tragique, le fils choisi pour incarner le Diable sur Terre. L’œuvre du cinéaste est décortiquée, ciselée avec une précision chirurgicale. Sa filmographie, en passant par Rosemary’s BabyLa Neuvième Porte, ou encore J’accuse, est questionnée et étudiée sous un prisme unique, parfois à la lumière des situations actuelles.

Nathalie Rheims n’encense pas le travail du réalisateur mais lui confère le titre de « génie maudit ». Celui qui a découpé dans la matière de sa propre vie et qui en restera prisonnier jusqu’à la fin de ses jours. Contrairement au fou, qui lui, est prisonnier de sa propre démence à perpétuité.

L’écrivaine a publié un livre court (143 pages) mais extrêmement dense dans son propos. Sa plume est fluide, intelligente et profonde.

Cet essai philosophique est brillant et va bien au-delà de son sujet premier en offrant de nombreux questionnements sur l’art, la frontière entre l’artiste et son travail ainsi que sur le monde d’aujourd’hui et celui de demain.

(Cet article est également disponible sur le site du Suricate Magazine)