Ted Bundy, un engouement malsain?

conversations-with-a-killer

Prolifération des séries criminelles

Depuis quelques années, il existe un engouement pour les séries criminelles avec Les Experts, Esprits Criminels, Dexter ou plus récemment Prodigal Son, … Les plateformes de streaming (Netflix, Amazon Prime Video, …) ont évidemment surfé sur la vague mais ont décidé de réaliser des documentaires et autres fictions sur des affaires réelles telles que celles de Meredith Kercher, JonBenet Ramsey ou encore le tueur en série Ted Bundy.

La vie de ce dernier a déjà été maintes fois racontée dans des livres, téléfilms, films, documentaires et même en bande-dessinées. Comment expliquer un tel « engouement » ?

Un tueur qui se fond dans la masse

L’identité du tueur en série est un véritable choc pour les Etats-Unis des années 70. En effet, les tueurs en série étaient jusqu’ici considérés comme des êtres fous, facilement reconnaissables et vivant exclus du monde. Or, Ted Bundy représente tout le contraire car il est décrit comme un homme extrêmement intelligent, sociable, travailleur et menant une vie d’apparence « normale ».

Né en 1946, Ted Bundy (dont le nom de naissance est Theodore Robert Cowell) grandit chez ses grands-parents maternels qui l’ont élevé comme leur fils. Il pense alors que sa mère, Louise, est sa sœur aînée. En 1951, Louise rencontre Johnny Culpepper Bundy qui deviendra son mari. Quatre enfants naîtront de cette union et Johnny Bundy adoptera légalement Ted.

En 1965, il s’inscrit à l’université de Puget Sound avant de partir étudier le chinois à l’université de Washington. Durant ces années, il s’intéresse également à la politique et devient bénévole pour la compagne du républicain, Nelson Rockefeller. Dans les années 70, il s’inscrit dans un cursus de droit et de psychologie et souhaite mettre en pratique les théories vues aux cours. Il rejoint alors un centre de prévention du suicide où il rencontre Ann Rule, qui deviendra plus tard, une écrivaine renommée.

Parallèlement, de nombreuses disparitions de jeunes femmes sont signalées dans divers états. Au terme d’une longue enquête pleine de rebondissements, Ted Bundy déclarera 36 meurtres mais le nombre exact de victimes n’est toujours pas connu.

Des adaptations plus réussies que d’autres

Livre

« Un tueur si proche » d’Ann Rule

Après la grave maladie de son ex-mari, Ann Rule décide de s’investir dans une cause et s’engage comme bénévole à la Crisis Clinic Hotline, centre d’aide téléphonique pour les personnes ayant des pensées suicidaires. Là, elle se lie d’amitié avec un étudiant en droit, Ted Bundy.

Enquêtrice, elle suit en parallèle les disparitions d’étudiantes et établit le profil du tueur. Elle se passionne pour cette affaire jusqu’à l’arrestation de son collègue et ami. Au départ, elle ne peut croire en sa culpabilité et décide de mener une enquête détaillée et d’étudier la psychologie des différents protagonistes. Elle découvrira, entre autres, que les victimes ont de nombreux points communs mais aussi la « signature » du meurtrier. Cette étude aboutira au livre « Un tueur si proche » consacré à Ted Bundy.

Elle commence son livre avec ces phrases controversées : « Beaucoup de gens croient aujourd’hui que Ted Bundy a pris des vies humaines, mais il en a aussi sauvé. Je le sais, parce que j’étais là. Je m’en souviens comme si c’était hier : je le revois penché sur le téléphone, parler d’une voix contrôlée, sur un ton rassurant – je le revois lever les yeux vers moi, hausser les épaules et grimacer un sourire (…) ».

Téléfilms et films

« Bundy : an american icon » de Michael Feifer

Paru en 2008, ce film d’horreur avec Corin Nemec (de la série « Parker Lewis ne perd jamais », oui) dans le rôle principal est un navet grotesque.

Ce film s’attarde surtout sur les meurtres avec des mises en scène tellement ridicules que cela en devient presque cocasse et burlesque.

Extremely-Wicked-Shockingly-Evil-and-Vile-poster-203x300

« Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile » de Joe Berlinger

Sorti en 2019 sur Netflix, ce thriller est l’adaptation du livre “The Phantom Prince: My Life with Ted Bundy” d’Elizabeth Kendall qui a été sa petite amie pendant de nombreuses années.

Dans cette adaptation, nous retrouvons Zac Efron (High School Musical), Lily Collins (la fille de Phil) mais également un revenant Haley Joel Osment (ancien enfant star notamment vu dans « Sixième Sens » et « A.I. Intelligence Artificielle »).

La performance de Zac Efron dans le rôle de Ted Bundy est à souligner mais le problème de ce thriller est le scénario. En effet, comme celui-ci est tiré du livre d’E. Kendall, il ressemble plus à une comédie romantique qu’à la  biographie d’un tueur en série. Tout au long du film, Ted Bundy est représenté comme un être séduisant, charismatique et attachant.

Les victimes sont complètement oubliées au profit d’une certaine glorification du tueur en série.

Documentaires

« Conversations with a Killer : The Ted Bundy Tapes » de Joe Berlinger

Diffusé sur Netflix en 2019, ce documentaire s’appuie comme son nom l’indique sur les cassettes de Ted Bundy. En effet, lorsqu’il était incarcéré, des journalistes ont réalisé plusieurs enregistrements d’interviews, dans le but de recueillir ses confessions.

Le fait de se baser sur ces enregistrements est une mauvaise idée car nous entendons Ted Bundy parler afin de démontrer son innocence et d’essayer de convaincre les journalistes d’écrire un livre dans ce sens. Le documentaire est extrêmement maladroit et les propos du meurtrier sont toujours très vagues, et presque sans importance.

Celui-ci survole des passages de sa vie sans entrer dans les détails et oublie (volontairement) certains faits extrêmement importants à la compréhension de l’histoire.

« Ted Bundy : Falling for a Killer » de Trish Wood

Sorti en 2020 sur Amazon Prime Video, ce documentaire se base en exclusivité sur les propos d’Elizabeth Kendall et de sa fille, Molly. Il s’agit d’un beau coup marketing d’Amazon car Elizabeth Kendall est rarement apparue dans les médias.

Le documentaire se base évidemment sur la relation entre Ted Bundy et Elizabeth mais sous un angle nouveau et inattendu avec l’avènement du mouvement féministe des années 70.

 

(Cet article est également sur le Suricate Magazine)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s