Le Grand Tremblement de terre du Kantô

Akira Yoshimura (吉村 昭) est un auteur japonais né à Tokyo en 1927 et décédé en 2006 à Mitaka. L’époux de l’écrivaine Setsuko Tsumura (津村節子) a remporté de nombreuses distinctions et laissé une œuvre magistrale et considérable. Ses livres sont profondément marquants grâce à un style incomparable et ont laissé une empreinte indélébile dans la littérature japonaise contemporaine.

« Le Grand Tremblement de terre du Kantô » (関東大震災) raconte l’effroyable séisme du 01 septembre 1923 qui a dévasté Tokyo et l’ensemble de sa région. Cette catastrophe naturelle aura des répercussions désastreuses et laissera tout un pays dans la terreur et la désolation.

Akira Yoshimura a vécu toute son enfance avec le récit du grand tremblement de terre du Kantô. Ses parents lui ont décrit la confusion des esprits et la « panique que ressent l’homme face à ses semblables lorsqu’il est confronté à une catastrophe ». Ce « devoir de mémoire » a poussé l’auteur à écrire cet essai puissant après le recueil de nombreux témoignages mais également des recherches minutieuses sur la chronologie des événements.

Ecrit en 1973, ce livre est, dès lors, un document historique précis et complet sur le séisme de Kantô. Après une ouverture sur l’essaim sismique, l’écrivain construit son récit sous la forme d’un reportage avec le déroulement détaillé du drame ainsi que le rapport difficile des dommages et destructions dans la préfecture de Tokyo notamment. La deuxième partie se concentre principalement sur les rumeurs des attaques lancées par des Coréens. Akira Yoshimura analyse la virulence du racisme de manière approfondie. Enfin, la troisième partie traite du long chemin vers la reconstruction même si l’essai témoigne, à chaque ligne, de la force, l’énergie inébranlable, et le besoin d’un peuple de se relever après une telle tragédie.

Ce drame est aussi synonyme de rivalité entre deux sismologues aux thèses diamétralement opposées. Parfaitement raconté et maîtrisé par l’auteur, ce combat d’idées, de certitudes mais aussi d’egos aura des conséquences multiples et évidemment désastreuses.

Malheureusement, ce document est extrêmement laborieux à lire malgré d’évidentes qualités. La continuité du récit (et sa fluidité) est parfois interrompue par la retranscription de données chiffrées ou divers tableaux présentant sur plusieurs pages le nombre de bâtiments complètement/partiellement détruits en fonction des arrondissements et localités/cantons par exemple. Ce sens du détail poussé à l’extrême peut contribuer à perdre le lecteur qui ne possède pas une connaissance préalable (et, de plus, approfondie) de la géographie du Japon.

Le merveilleux talent de conteur d’Akira Yoshimura est présent dans cet essai grâce à ce style clinique si personnel et inimitable. Nous parvenons à visualiser pleinement les scènes les plus sombres grâce à des descriptions éloquentes mais souvent, difficilement supportables.

(Cet article est aussi présent sur le site du Suricate Magazine)

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