Terre errante de Liu Cixin

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Né en 1963 à Yangquan dans la province du Shanxi en Chine, Liu Cixin (刘慈欣) est incontestablement l’un des écrivains de science-fiction les plus populaires depuis sa trilogie « Le Problème à trois corps » dont le premier tome (三体) a été publié en 2016 dans la collection Exofictions.

« Terre errante » (流浪地球) précède la trilogie ainsi que « Boule de Foudre » (乡村教师) puisqu’il s’agit d’une novella écrite en 2000. Elle est publiée maintenant car une adaptation cinématographique est sortie l’année dernière, sous le nom de « The Wandering Earth » (流浪地球) avec Wu Jing, Qu Chuxiao et Ng Man-tat dans les rôles principaux. Ce film est disponible sur Netflix depuis avril 2019 mais malgré des images sublimes, celui-ci est creux et à oublier malheureusement.

Dans ce roman court, les astrophysiciens ont découvert que la conversion de l’hydrogène en hélium s’est accélérée à l’intérieur du Soleil. Les jours du système solaire ainsi que de l’humanité sont définitivement comptés. La seule solution est la fuite mais avec quel dispositif ? Commence alors une aventure gigantesque dans laquelle on assiste à la transformation de la planète en un vaisseau interstellaire. Celui-ci a pour but d’envoyer la planète vers Proxima du Centaure.

L’histoire est contée à travers les yeux d’un petit garçon qui assiste impuissant aux dernières heures du Soleil. Nous assistons à des scènes magistrales et spectaculaires telles que la fin de la rotation terrestre, les tsunamis, les irruptions de magma, les changements de température, … Cette destruction progressive est également synonyme de désillusions et de disparitions diverses (croyances, religions, sentiments, …).

Liu Cixin a le don pour écrire des livres de science-fiction qui possèdent une profondeur supplémentaire car ils posent des questions scientifiques, environnementales et même philosophiques. Dans cette novella, il réussit l’exploit de raconter l’histoire d’une évasion planétaire et d’inviter à la réflexion en 80 pages. Le seul point négatif est une absence d’émotion car nous nous retrouvons dans un cadre très (trop ?) scientifique et presque aseptisé. De plus, nous ne parvenons pas à nous attacher aux personnages principaux.
Néanmoins, nous retrouvons ici tous les éléments qui font le succès de ce digne successeur d’Isaac Asimov comme une écriture extrêmement précise, vive et un sens exceptionnel du détail.

 

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La Peur de C. L. Taylor

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Née en 1973, Carol Louise Taylor (dite C. L. Taylor) est diplômée en psychologie de l’université de Northumbria (Newcastle upon Tyne, Angleterre). Elle a travaillé comme développeuse et conceptrice pédagogique avant de débuter une carrière d’écrivain. Elle affectionne particulièrement les thrillers psychologiques mais écrit également des romans « chick lit » sous le pseudonyme de Cally Taylor.

La Peur est son cinquième livre après L’AccidentLe MensongeLa Disparition et La Fuite… Nous pouvons voir que l’autrice aime les titres courts et percutants !

Ce livre commence lorsque Lou, une adolescente, s’enfuit en France avec Mike Hughes, son professeur de karaté. La virée romantique se transforme rapidement en cauchemar lorsque Mike montre son vrai visage et se transforme en psychopathe. Dix-huit ans plus tard, Lou revient dans sa ville natale et découvre que Mike a une relation avec une jeune fille prénommée Chloé. Les souvenirs enfouis par Lou refont surface : elle souhaite, dès lors, protéger Chloé et ainsi, éviter qu’elle ne vive les mêmes traumatismes. Lou est déterminée à dénoncer Mike mais à quel prix ?

C. L. Taylor traite de plusieurs sujets tels que l’emprise psychologique, la relation de confiance, le statut de victime et le fondement de résilience. Les chapitres sont courts et dédiés à un personnage : nous alternons donc entre les histoires de Chloé et de Lou (et d’autres personnages), entre le passé et le présent. Cette alternance permet à l’autrice de distiller progressivement les rebondissements et autres preuves.

La lecture de ce page-turner est agréable car l’écriture est fluide, attrayante et les personnages sont bien construits. Nous ressentons particulièrement que l’autrice est psychologue de formation car le personnage de Mike est très travaillé et « étudié » sous diverses facettes.

Mais, le principal point négatif de ce roman réside dans son titre : « La Peur »… En effet, avec un titre pareil, nous nous attendons à ressentir de l’angoisse, de la frayeur et de l’effroi. Mais, malheureusement, nous ne retrouvons pas cette émotion à part quelques rares moments d’inquiétude. C.L Taylor explore tous les stratagèmes et clichés parfois hasardeux des thrillers : « On n’entend que le bruit de succion humide de la lame, qui entre et sort de son cou ».

Nous pouvons aussi noter quelques incohérences et contradictions ainsi que des situations purement théâtrales bien connues des scénaristes de séries B. De tels passages sont très décevants car, le thème et la psychologie des personnages laissaient présager un thriller de qualité.

 

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Un bonheur que je ne souhaite à personne de Samuel Le Bihan

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Né en 1965, Samuel Le Bihan est surtout connu pour sa carrière d’acteur et ses rôles dans les films « Vénus Beauté (institut) », « La Pacte des loups » ou plus récemment dans la série « Alex Hugo ».

Pour son premier roman, Samuel Le Bihan a souhaité traiter d’un sujet sensible et personnel : l’autisme, dont sa fille, Angia, née en 2011, est atteinte.
Non, il ne s’agit pas d’une énième célébrité qui se confie sur sa vie et ses aléas pour récolter popularité, reconnaissance ou regain de gloire. Ce livre n’est pas autobiographique puisqu’il ne parle pas du combat de l’acteur mais nous ressentons évidemment qu’il est fortement inspiré de son parcours. Dans ce roman, nous suivons Laura, maman dévouée, qui s’occupe seule de ses deux garçons : Ben, adolescent et César, autiste âgé de 7 ans.

Laura est une héroïne actuelle qui se bat quotidiennement pour garder intact le fragile édifice qu’elle a construit. En plus de son métier, elle doit jongler entre les visites chez différents spécialistes (orthophoniste, kinésithérapeute, ergothérapeute,…) pour César, la crise d’adolescence de Ben et l’association qu’elle a créée pour aider les parents d’enfants différents. Un rythme effréné pour cette maman célibataire qui a mis sa vie personnelle et amoureuse entre parenthèses.

Elle est également confrontée à plusieurs obstacles, notamment lorsque l’aide d’une Auxiliaire de Vie Scolaire (AVS) est refusée et que cette décision met en péril la rentrée scolaire de César. Laura doit régulièrement pallier les manques et défaillances de l’Etat pour ces enfants « oubliés ». Mais ce livre traite aussi du regard des autres avec plusieurs histoires qui feront écho chez de nombreux parents ; dont une scène au supermarché. Laura doit faire régulièrement face aux réflexions désagréables, à l’ignorance ou à l’indifférence des personnes qu’elle croise sur son éprouvant chemin.

Malgré tous les obstacles décrits dans le livre, Samuel Le Bihan a réussi à écrire un récit lumineux, un message d’espoir et a voulu rendre hommage à toutes ces mamans qui se battent chaque jour. Dans plusieurs interviews, l’acteur reconnaît qu’il a évidemment un statut privilégié mais qu’il a souhaité s’investir dans cette cause car au cours de multiples démarches, il a rencontré de nombreuses personnes qui se heurtaient aux difficultés administratives, médicales, … Il a voulu témoigner à travers le personnage de Laura.
L’écriture est extrêmement fluide, sensible, juste et même empreinte de poésie. Chaque paragraphe est pensé, réfléchi et apporte de nouveaux éléments très intéressants. Le livre alterne entre des moments d’émotion intense et d’autres plus drôles comme la vie.

 

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Le couple d’à côté de Shari Lapena

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Résumé de l’éditeur

Anne et Marco sont invités à dîner chez leurs voisins. Au dernier moment, la baby-sitter leur fait faux bond. Qu’à cela ne tienne : ils emportent avec eux le babyphone et passeront toutes les demi-heures surveiller le bébé. La soirée s’étire. La dernière fois qu’ils sont allés la voir, Cora dormait à poings fermés. Mais de retour tard dans la nuit, l’impensable s’est produit : le berceau est vide.
Pour la première fois, ce couple apparemment sans histoire voit débarquer la police chez lui. Or, la police ne s’arrête pas aux apparences… Qu’est-ce que l’enquête va bien pouvoir mettre au jour ?

Mon avis: 2.5/5

Les premières pages font étrangement penser à l’affaire Maddie McCann: un dîner regroupant quelques amis ou voisins et un bébé laissé dans la chambre. Toutes les demi-heures, une personne passe pour vérifier que le bébé va bien. 

L’enquête commence et l’atmosphère change progressivement pour se muer en un épisode de Columbo. Nous pouvons, en effet, retrouver la même intrigue, les mêmes rebondissements ainsi que le dénouement identique dans un épisode du célèbre inspecteur dont on ne voit jamais l’épouse. 

Plusieurs sujets sont abordés comme la dépression post-partum, les différents changements survenus après une naissance (intimité dans le couple, modifications du corps et perte de confiance en soi qui en découle, …) mais malheureusement ils ne sont pas aboutis. 

Les personnages ne sont pas attachants mais plutôt agaçants et très caricaturaux. .
La fin n’apporte pas les réponses à toutes les questions et pistes ouvertes dans le livre et est malheureusement très attendue grâce aux différents indices disséminés dans la lecture. 

Sacrifices d’Ellison Cooper

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Ellison Cooper est diplômée de la Georgetown Law School et a travaillé comme enquêtrice pendant de nombreuses années à Washington. Titulaire d’un doctorat en anthropologie, elle est spécialisée dans l’archéologie et les neurosciences.

Après Rituels, nous retrouvons Sayer Altair, spécialiste du comportement des psychopathes, dans ce nouveau livre. Ici, la neuroscientifique est appelée par le FBI pour enquêter sur des ossements humains retrouvés dans une grotte perdue du parc national de Shenandoah. Ces ossements appartiennent à plusieurs victimes anciennes et plus récentes. Des recherches permettent aussi de les relier à des disparitions mystérieuses survenues dans la région. Une course contre la montre s’installe pour retrouver les disparues avant l’issue fatale.

Excellent thriller, Sacrifices est efficace grâce à son intrigue apparemment simple mais dotée de multiples rebondissements. L’auteur a l’habitude d’écrire des chapitres très courts mais denses et remplis de révélations. L’écriture est dynamique et extrêmement rapide, entraînée et entraînante.

Le sujet de cette machination diabolique n’est absolument pas facile à traiter et l’auteure déjoue tous les pièges dans lesquels elle aurait pu facilement tomber. Le rythme est effréné mais l’histoire est toujours passionnante, admissible et vraisemblable. De plus, l’action est bien présente mais les personnages sont subtilement étudiés et tout en finesse. Enfin, l’analyse des événements et de la psychologie des protagonistes est ingénieuse.

Quant à l’héroïne, Sayer Altair, elle est résolument moderne et se remet constamment en question. Elle cache beaucoup de blessures qui se sont progressivement muées en force, combativité et détermination. Nous retrouvons d’ailleurs certains aspects de Kay Scarpetta, l’héroïne anatomopathologiste de Patricia Cornwell, dans les traits de Sayer Altair.

L’auteure couvre plusieurs sujets tels que la mythologie, la génétique ou encore les neurosciences et les maîtrise avec intelligence et brio. Nous sentons qu’elle a effectué beaucoup de recherches et que chaque fait énoncé a été étudié dans les moindres détails. Cependant, l’auteur n’est pas dans la démonstration de ses connaissances et chaque énoncé scientifique vient apporter un nouvel éclairage sur l’affaire.
Néanmoins, nous conseillons de lire Rituels avant Sacrifices pour comprendre pleinement les tenants et aboutissants de l’histoire.

Concours de Noël


Bonjour,

Je viens de publier mon premier concours sur le compte Instagram de @dianeslibrary.

N’hésitez pas à participer: deux livres sont à gagner!

Je vous souhaite déjà de très bonnes fêtes de fin d’année,

Diane

Nous sommes Athena de Shamim Sarif

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Née en 1969, Shamim Sarif a plusieurs cordes à son arc puisqu’elle est notamment romancière, scénariste, réalisatrice et productrice de cinéma.

Pour « Nous sommes Athéna », Shamim Sarif signe ici un roman féministe dans l’air du temps. En effet, nous ressentons particulièrement les répercussions du mouvement #MeToo diffusé sur les réseaux sociaux en octobre 2017. Cet hashtag, lancé par Tarana Burke, a permis de libérer la parole des femmes pour dénoncer les violences sexuelles.

Athena est une organisation clandestine spécialisée dans la lutte des droits des femmes à travers le monde. Celle-ci est dirigée par trois femmes fortes avec de grandes convictions : Peggy, diplomate, Kit, ancienne rock star et Li, experte en nouvelles technologies. Après une mission en Afrique de l’Ouest, une nouvelle destination attend les trois héroïnes : elles doivent mettre fin à un vaste trafic d’êtres humains en Serbie.

Dès les premières pages, nous retrouvons les codes des romans d’action et d’espionnage, chers à Ian Fleming, pour ces « James Bond » au féminin. Le rythme est haletant grâce à une écriture dynamique et très efficace.

Shamim Sarif est avant tout scénariste et cela se ressent à la lecture du roman. En effet, nous avons souvent l’impression de lire un scénario de film tant les scènes sont décrites avec précision. Nous sommes Athena pourrait, dès lors, aisément être une suite des Charlie’s Angels avec Cameron Diaz, Drew Barrymore et Lucy Liu, car il y a de nombreux points communs entre les deux histoires.

Le côté « badass » des héroïnes est mis en avant au détriment de la psychologie des personnages. Nous nous retrouvons face à des femmes, certes dotées de fortes personnalités mais extrêmement stéréotypées, ce qui est très dommage. Le côté « action » surpasse le message que l’auteure souhaite faire passer. Nous ne nous reconnaissons pas dans ces trois femmes, car elles ne sont ni plausibles ni attachantes. L’auteure en a tellement fait des superhéroïnes que nous avons l’impression qu’elles n’ont besoin de personne et qu’elles peuvent se sortir de toutes les intrigues, ce qui gâche un peu le suspense.

La fin présage une suite. Nous espérons que celle-ci permettra de mieux connaître le passé et les failles de Peggy, Kit et Li pour les rendre plus « humaines ».

(Cet article est également disponible sur le site du Suricate Magazine)