Ted Bundy, un engouement malsain?

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Prolifération des séries criminelles

Depuis quelques années, il existe un engouement pour les séries criminelles avec Les Experts, Esprits Criminels, Dexter ou plus récemment Prodigal Son, … Les plateformes de streaming (Netflix, Amazon Prime Video, …) ont évidemment surfé sur la vague mais ont décidé de réaliser des documentaires et autres fictions sur des affaires réelles telles que celles de Meredith Kercher, JonBenet Ramsey ou encore le tueur en série Ted Bundy.

La vie de ce dernier a déjà été maintes fois racontée dans des livres, téléfilms, films, documentaires et même en bande-dessinées. Comment expliquer un tel « engouement » ?

Un tueur qui se fond dans la masse

L’identité du tueur en série est un véritable choc pour les Etats-Unis des années 70. En effet, les tueurs en série étaient jusqu’ici considérés comme des êtres fous, facilement reconnaissables et vivant exclus du monde. Or, Ted Bundy représente tout le contraire car il est décrit comme un homme extrêmement intelligent, sociable, travailleur et menant une vie d’apparence « normale ».

Né en 1946, Ted Bundy (dont le nom de naissance est Theodore Robert Cowell) grandit chez ses grands-parents maternels qui l’ont élevé comme leur fils. Il pense alors que sa mère, Louise, est sa sœur aînée. En 1951, Louise rencontre Johnny Culpepper Bundy qui deviendra son mari. Quatre enfants naîtront de cette union et Johnny Bundy adoptera légalement Ted.

En 1965, il s’inscrit à l’université de Puget Sound avant de partir étudier le chinois à l’université de Washington. Durant ces années, il s’intéresse également à la politique et devient bénévole pour la compagne du républicain, Nelson Rockefeller. Dans les années 70, il s’inscrit dans un cursus de droit et de psychologie et souhaite mettre en pratique les théories vues aux cours. Il rejoint alors un centre de prévention du suicide où il rencontre Ann Rule, qui deviendra plus tard, une écrivaine renommée.

Parallèlement, de nombreuses disparitions de jeunes femmes sont signalées dans divers états. Au terme d’une longue enquête pleine de rebondissements, Ted Bundy déclarera 36 meurtres mais le nombre exact de victimes n’est toujours pas connu.

Des adaptations plus réussies que d’autres

Livre

« Un tueur si proche » d’Ann Rule

Après la grave maladie de son ex-mari, Ann Rule décide de s’investir dans une cause et s’engage comme bénévole à la Crisis Clinic Hotline, centre d’aide téléphonique pour les personnes ayant des pensées suicidaires. Là, elle se lie d’amitié avec un étudiant en droit, Ted Bundy.

Enquêtrice, elle suit en parallèle les disparitions d’étudiantes et établit le profil du tueur. Elle se passionne pour cette affaire jusqu’à l’arrestation de son collègue et ami. Au départ, elle ne peut croire en sa culpabilité et décide de mener une enquête détaillée et d’étudier la psychologie des différents protagonistes. Elle découvrira, entre autres, que les victimes ont de nombreux points communs mais aussi la « signature » du meurtrier. Cette étude aboutira au livre « Un tueur si proche » consacré à Ted Bundy.

Elle commence son livre avec ces phrases controversées : « Beaucoup de gens croient aujourd’hui que Ted Bundy a pris des vies humaines, mais il en a aussi sauvé. Je le sais, parce que j’étais là. Je m’en souviens comme si c’était hier : je le revois penché sur le téléphone, parler d’une voix contrôlée, sur un ton rassurant – je le revois lever les yeux vers moi, hausser les épaules et grimacer un sourire (…) ».

Téléfilms et films

« Bundy : an american icon » de Michael Feifer

Paru en 2008, ce film d’horreur avec Corin Nemec (de la série « Parker Lewis ne perd jamais », oui) dans le rôle principal est un navet grotesque.

Ce film s’attarde surtout sur les meurtres avec des mises en scène tellement ridicules que cela en devient presque cocasse et burlesque.

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« Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile » de Joe Berlinger

Sorti en 2019 sur Netflix, ce thriller est l’adaptation du livre “The Phantom Prince: My Life with Ted Bundy” d’Elizabeth Kendall qui a été sa petite amie pendant de nombreuses années.

Dans cette adaptation, nous retrouvons Zac Efron (High School Musical), Lily Collins (la fille de Phil) mais également un revenant Haley Joel Osment (ancien enfant star notamment vu dans « Sixième Sens » et « A.I. Intelligence Artificielle »).

La performance de Zac Efron dans le rôle de Ted Bundy est à souligner mais le problème de ce thriller est le scénario. En effet, comme celui-ci est tiré du livre d’E. Kendall, il ressemble plus à une comédie romantique qu’à la  biographie d’un tueur en série. Tout au long du film, Ted Bundy est représenté comme un être séduisant, charismatique et attachant.

Les victimes sont complètement oubliées au profit d’une certaine glorification du tueur en série.

Documentaires

« Conversations with a Killer : The Ted Bundy Tapes » de Joe Berlinger

Diffusé sur Netflix en 2019, ce documentaire s’appuie comme son nom l’indique sur les cassettes de Ted Bundy. En effet, lorsqu’il était incarcéré, des journalistes ont réalisé plusieurs enregistrements d’interviews, dans le but de recueillir ses confessions.

Le fait de se baser sur ces enregistrements est une mauvaise idée car nous entendons Ted Bundy parler afin de démontrer son innocence et d’essayer de convaincre les journalistes d’écrire un livre dans ce sens. Le documentaire est extrêmement maladroit et les propos du meurtrier sont toujours très vagues, et presque sans importance.

Celui-ci survole des passages de sa vie sans entrer dans les détails et oublie (volontairement) certains faits extrêmement importants à la compréhension de l’histoire.

« Ted Bundy : Falling for a Killer » de Trish Wood

Sorti en 2020 sur Amazon Prime Video, ce documentaire se base en exclusivité sur les propos d’Elizabeth Kendall et de sa fille, Molly. Il s’agit d’un beau coup marketing d’Amazon car Elizabeth Kendall est rarement apparue dans les médias.

Le documentaire se base évidemment sur la relation entre Ted Bundy et Elizabeth mais sous un angle nouveau et inattendu avec l’avènement du mouvement féministe des années 70.

 

(Cet article est également sur le Suricate Magazine)

Le Service des manuscrits d’Antoine Laurain

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Antoine Laurain, écrivain français né en 1972, a publié huit romans dont le plus connu est « Le Chapeau de Mitterrand » paru en 2009. Ce livre a remporté plusieurs prix dont le Prix Relay et le Prix Landerneau en 2012 ; il a également été adapté en téléfilm avec Frédéric Diefenthal, Michel Leeb, Roland Giraud et Frédérique Bel dans les rôles principaux.

Dans « Le Service des manuscrits », nous suivons Violaine Lepage, l’une des plus célèbres éditrices de Paris. Hospitalisée suite à un grave accident d’avion, elle sort du coma et doit apprendre à vivre différemment après plusieurs opérations. Cependant, ce n’est pas sa santé qui au centre de ses pensées mais plutôt la publication d’un livre intitulé « Les fleurs de sucre ». En effet, celui-ci est dans la sélection du prix Goncourt et l’auteure, connue sous le nom de Camille Désencres, est introuvable.

Parallèlement, la lieutenante Sophie Tanche, découvre que l’histoire de ce roman fait mystérieusement référence à une affaire criminelle non résolue.

Tout au long du livre, nous sommes plongés dans le monde fascinant et énigmatique des maisons d’édition. Ce microcosme littéraire est lieu de tous les fantasmes et convoitises des auteurs mais également des lecteurs. Parfaitement documenté, chaque page témoigne des diverses procédures et autres règles qui peuvent détruire le rêve d’un futur écrivain ou au contraire, découvrir le nouveau bestseller. Véritable antre de la littérature, nous croisons sur notre chemin Proust, Houellebecq, Perec, Woolf ou encore Modiano… Bref, que du beau monde !

La partie consacrée au monde littéraire (et ses écueils) est éblouissante et passionnante mais malheureusement, l’auteur a accolé une enquête policière très décevante à son récit. L’histoire bascule dans l’horreur avec des meurtres, trafics, usurpations et autres catastrophes et devient trop compliquée. Nous avons l’impression que l’auteur a amassé toutes les caractéristiques des romans policiers pour les réunir dans un seul livre. De plus, certains rebondissements sont complètement incohérents et non crédibles. La fin est rapidement expédiée et incomplète car une interrogation subsiste : cette histoire fera-t-elle l’objet d’une suite ? Plusieurs éléments laissent présager cette hypothèse.

« Le Service des manuscrits » est un roman hybride difficile à classer car il oscille entre plusieurs styles et genres (comédie, conte et polar).

 

(Cet article est également disponible sur le site du Suricate Magazine)

 

Participez à votre premier festival en ligne!

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Construire l’avenir au lieu de le subir

Suite à la propagation du COVID-19, tous les rassemblements et événements culturels ont été annulés. C’est notamment le cas du Festival International du Film Documentaire Millenium qui devait avoir lieu du 27 mars au 04 avril.

Bien que les nouvelles dates soient déjà connues (du 23 septembre au 01 octobre 2020), les organisateurs ont néanmoins décidé de mettre des documentaires gratuitement en ligne pendant la durée du festival initialement prévue (jusqu’au 04 avril 2020).

Au lieu de subir le confinement, nous pouvons en profiter pour échanger des idées, construire l’avenir, activer notre créativité, apprendre ou simplement nous divertir.

Une sélection qui a du sens

La sélection des différents films a un lien avec la situation actuelle puisque chaque documentaire dépeint un changement ou un mode de vie exceptionnel. Ces documentaires sont passionnants car ils permettent véritablement de « repousser nos frontières » et nous invitent en même temps à une réflexion sur nos propres choix et façons de vivre.

La sélection est la suivante :

Recipes for Disaster – John Webster – 2008 – 85′

Un réalisateur convainc sa femme et ses deux enfants de relever le défi d’une vie sans pétrole. Cette décision a un impact sur bien des aspects.  Cette leçon de vie empreinte de comédie, qui mêle bonne volonté et erreurs de jugement, pose concrètement la question du prix d’un autre modèle de vie.

All the Time in the World – Suzanne Crocker – 2014 – 89’

A la recherche d’une nouvelle perspective, une famille de cinq personnes vivant dans le confort d’une maison partent vivre dans le désert du Yukon pendant le long hiver du nord et parmi les surprises considérables que la nature brute peut offrir. Les parents quittent leurs emplois et embarquent leurs trois enfants de 10, 8 et 4 ans pour passer neuf mois à vivre dans une petite cabane sans accès à la route, l’électricité, (l’eau courante), Internet, la télé ou le téléphone. Les horloges et les montres sont aussi remarquables par leur absence.

A Leak in Paradise – David Leloup – 2015 – 73′

Rudolf Elmer a fait trembler le système bancaire suisse en publiant sur Wikileaks des listes de clients ayant un compte aux îles Cayman, un paradis fiscal. Le secret bancaire vacille et risque de ne plus être qu’un souvenir lointain. Un voyage inouï et passionnant dans le monde de la finance internationale au côté d’un homme qui a affronté seul et peut-être malgré lui, le monde bancaire suisse.

Oncle Bernard – L’anti-leçon d’économie – Richard Brouillette – 2015 – 79′

Bernard Maris, alias Oncle Bernard, fut assassiné lors de l’attentat à Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Tournée en mars 2000, dans le contexte du film L’encerclement – La démocratie dans les rets du néolibéralisme, cette fascinante entrevue avec Oncle B. constitue une véritable « anti­leçon d’économie ». Sans fard ni artifice, le réalisateur laisse toute la place à la parole riche, dissidente, acérée et mutine de Maris. En toute liberté, celui-ci assène à loisir des vérités percutantes qui renversent les dogmes sempiternellement ressassés par le cœur vibrant de la valetaille de la « science » économique. Formidable vulgarisateur dont la verve, l’éloquence, l’érudition et l’alacrité parviennent à rendre passionnants les sujets les plus arides, Oncle Bernard déploie au fil de cet entretien une pensée courageuse de par son originalité, qui se révèle d’autant plus précieuse en ces temps de démission intellectuelle et d’austérité économique.

Eastern Memories – Niklas Kullström, Martti Kaartinen – 2018 – 85′

Avec “Eastern Memories”, les réalisateurs nous emmènent dans un road movie surprenant à travers la Mongolie, le Japon, la Chine et la Corée. Un voyage époustouflant d’aventure et d’exploration, d’amour et de mort, de conspirations et de chute des nations, narré par le journal de G. J. Ramstedt (1873-1950), linguiste, diplomate et voyageur finlandais.

Ash and Money – Tiit Ojasoo, Ene-Liis Semper – 2013 – 98′

Le Théâtre NO99 annonce, en mars 2010, qu’il utilisera, au cours des deux mois suivants, toutes les astuces couramment utilisées dans la vie politique et la communication pour créer un nouveau super-parti énergique et fictif : “Unified Estonia”. Le théâtre organise un congrès du parti et le met en scène avec la participation de 7000 personnes. Ash and Money, réalisé sur le projet et ses influences, est une étude de la situation de la démocratie, des médias et des mouvements sociaux en Estonie.

How Big is the Galaxy ? – Ksenia Elyan – 2018 – 72’

La famille Zharkov appartient à la communauté Dolgan, l’un des derniers peuples autochtones qui poursuit un mode de vie traditionnel nomade à l’extrême nord de la Sibérie. À travers le regard de Zakhar et Prokopy, les deux jeunes frères Zharkov qui suivent un enseignement à domicile, nous suivons le quotidien de cette famille dont l’élevage de rennes et la pêche sont les principaux moyens de subsistance.

 

S’évader tout en restant chez soi!

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Nous avons listé 15 idées gratuites pour vous cultiver, vous évader ou simplement vous enivrer !

Parce qu’en ce moment, il est essentiel de se changer les idées…

Cette liste est, bien sûr, non exhaustive et nous vous proposons d’ajouter vos bons plans dans les commentaires #sharingiscaring

Musique

1. Concerts confinés

Depuis le début du confinement, des artistes du monde entier squattent les réseaux sociaux pour vous offrir des concerts en live de chez eux.

Ainsi, nous avons déjà eu l’occasion d’assister en pyjama aux concerts de M, Patrick Bruel, Cali, Jean-Louis Aubert, Alejandro Sanz, Raphaël, … D’autres artistes, comme Francis Cabrel ou Chris(tine and the Queens) vous propose de « tromper l’ennui » en chantant une chanson par jour.

2. Concerts en replay

Arte Concert offre plus de 600 concerts en streaming et en accès libre. Le choix, très vaste, va d’Iggy Pop à Yann Tiersen en passant par Bob Marley et Johnny Cash.

3. Opéra de Paris

L’Opéra de Paris a décidé de diffuser ses spectacles et autres œuvres dans leur intégralité.

4. Metropolitan Opera

Chaque soir, le prestigieux Metropolitan Opera met en libre accès une de ses œuvres : « Carmen », « La Bohème » ou encore « La Traviata » sont déjà disponibles.

Musées et Expositions

5. Google Arts et Culture

Grâce à Google Arts et Culture, vous pouvez parcourir les différentes galeries des musées et visiter les expositions du Musée royal des Sciences Naturelles de Belgique ou du célèbre MoMa de New-York par exemple.

6. Le Musée du Louvre

Il est possible de pénétrer dans les différentes salles du musée et de contempler les façades du palais grâce à la visite virtuelle.

7. Exposition de Frida Kahlo

L’exposition baptisée « Faces of Frida » regroupe plus de 800 peintures, lettres, extraits de journaux intimes ainsi que des photographies.
Cette exposition rétrospective est également disponible via la plateforme Google Arts et Culture.

Télévision et Cinéma

8. Proximus Movies & Series

Tous les clients Proximus ont accès gratuitement à la chaîne « Movies & Series » où nous pouvons retrouver les films « After », « Royal Corgi », « Gloria Bell » ou encore « Le Mystère Henri Pick ».

9. Cinetek

La Cinetek vous propose une sélection de films Spécial réconfort pour nous faire danser et chanter dans notre salon avec les classiques « Chantons sous la pluie », « Peau d’âne » ou « Victor Victoria ».

10. Plateforme ADN

La plateforme d’animation japonaise ADN a mis à disposition l’intégralité des séries Naruto et Naruto Shippuden.

11. Open Culture

Le site Open Culture recense plus d’un millier de films gratuits dont des westerns avec John Wayne, les films d’Hitchcock, de Charlie Chaplin ou encore des films coréens ou russes.

Littérature

12. Audible Stories

Audible, l’un des principaux fournisseurs de livres audio, met la plateforme Audible Stories gratuitement à disposition des parents. En effet, les livres proposés sont essentiellement destinés aux enfants avec « Peter Pan » ou « Pierre et le Loup » par exemple.

13. Projet Gutenberg

Le Projet Gutenberg offre plus de 50 000 livres électroniques en libre accès aux formats ePub ou Kindle.

14. Le Furet du Nord

Le Furet du Nord a récemment annoncé qu’il mettait à disposition complètement ou partiellement plus de 5 000 livres numériques.

Divers

Si vous n’êtes pas assez détendu après les propositions précédentes, plusieurs sites vous proposent de garder le moral en concoctant divers cocktails à la mode.

15. Quarantini

Le Quarantini est évidemment à boire à la maison et peut se réaliser facilement avec seulement deux ingrédients que vous possédez déjà chez vous. La recette est disponible sur le site du Flair Magazine.

 

(Cet article est également sur le site du Suricate Magazine)

Hypnotisés du Dr Nicholas Kardaras

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Diplômé de l’université des sciences du Bronx ainsi que de l’université de Cornell, le docteur Nicholas Kardaras est un expert réputé en addiction. Il a également enseigné la neuropsychologie à l’université de médecine de Stony Brook. Actuellement, il travaille comme directeur exécutif de Dunes East Hampton, une clinique de désintoxication de luxe qui a accueilli de nombreuses célébrités en ses murs.

Dans ce livre, Dr Nicholas Kardaras traite d’un sujet d’actualité qui intéressera de nombreux parents : la place et les conséquences des écrans dans la vie des enfants. Dans une société où le virtuel a pris une place dominante et grandissante, nous nous questionnons sur l’impact du monde numérique sur le cerveau de nos enfants.
Dès l’introduction, le ton du livre est donné puisque l’auteur décrit les jeunes utilisant les écrans (de téléphone, d’ordinateur, de tablette, …) comme des personnalités zombifiées ; la tête baissée, les yeux vitreux et le visage juste éclairé par la lumière bleue, nocive et non naturelle des appareils. L’auteur précise néanmoins que ce livre n’est pas un réquisitoire contre la technologie mais plutôt une source d’information pour les adultes qui souhaitent comprendre la société dans laquelle ils vivent ainsi que les dangers cliniques et neurologiques qu’une exposition excessive aux écrans peut avoir sur leur progéniture.

Pour servir son argumentation, Kardaras a divisé son ouvrage en plusieurs thèmes, études et témoignages de parents et de scientifiques renommés. Nous passons de « l’invasion des hypnotisés », aux « drogues numériques » en passant par « les troubles cliniques » et « l’agressivité ». L’auteur traite du numérique au sens général, car il parle aussi bien des e-games, des réseaux sociaux, d’Internet que des avatars ou de Second Life. Cependant, les thèmes et exemples donnés dérivent toujours dans des scénarios catastrophiques et pessimistes : un enfant qui passe son temps sur les jeux vidéo peut devenir dépendant et se priver de manger ou de dormir ; il risque également de développer des TDA/H et des symptômes proches de la schizophrénie. Les réseaux sociaux sont semblables à de l’huile que l’on jette sur le feu de la fragilité psychologique et peuvent pousser au suicide. « Les prédateurs sexuels ont maintenant libre accès à la chambre de votre fille ; ils entrent par la grande porte, outrepassant les barrières que vous avez dressées, pour arriver directement sur ses genoux, via son ordinateur portable ».
La démonstration finale tend à prouver que les écrans ont les mêmes effets que la cocaïne sur le cerveau des enfants. Bref, après la lecture de ce livre, les parents seront informés mais ne voudront plus jamais laisser un écran à portée de main de leurs enfants.

Le livre est bien écrit et comporte de nombreuses sources scientifiques très intéressantes, mais nous déplorons son côté profondément alarmiste qui n’apporte pas de véritables solutions. Nous ressentons évidemment toute l’expertise et l’étendue des connaissances de l’auteur au fil du livre. Cependant, les témoignages et expériences des familles présentées dans cet ouvrage proviennent toujours de personnes extrêmement aisées. Cela est normal puisque Dr Nicholas Kardaras parle essentiellement des patients rencontrés dans sa clinique de désintoxication, Dunes East Hampton, dont le « séjour » coûte environ 75 000 dollars par mois. Certains témoignages sont dès lors déconnectés de la réalité de la majorité des lecteurs.

Parmi les annexes, il y a d’ailleurs une publicité pour sa clinique où le Dr Nicholas Kardaras vante les bienfaits d’un nouveau traitement : la marinothérapie, où votre enfant « fera un voyage d’un ou plusieurs jours avec des arrêts dans divers ports intéressants le long des côtes de Long Island, du Connecticut et du Massachussetts ; pendant le froid des mois d’hiver, les excusions partent des côtes de Floride ! ».
De plus, le profil du lecteur de ce livre n’est pas clair. En effet, il est normalement dédié aux parents mais ceux-ci sont parfois oubliés au profit d’un discours extrêmement scientifique. Il y a également des passages spécifiques pour les jeunes où l’auteur distille des exemples de « The Walking Dead » ou de « World of Warcraft » pour étayer son propos, mais de manière confuse et mal assurée.

 

(Cet article est également disponible sur le site du Suricate Magazine)

Lockdown Music

Henri PFR a été l’un des premiers avec sa petite amie, la YouTubeuse EnjoyPhoenix, ou l’influenceuse belge Jill, à informer sa communauté sur les consignes à suivre concernant le coronavirus.

Aujourd’hui, il revient pour nous distraire en cette période difficile avec un projet qui fait appel à la créativité de ses fans (et des autres) !

Dans sa vidéo explicative, il précise qu’il souhaite « réaliser la plus grosse collaboration (musicale) jamais faite ». Il s’agit de faire de la musique avec tout et n’importe quoi : un coup de poing sur votre porte, un claquement de doigts ou de mains (préalablement lavées évidemment !). Vous pouvez également utiliser du papier toilette (si vous en avez encore), un verre, des ustensiles de cuisine, des pâtes (avec un de vos 10 000 paquets stockés dans vos armoires), …

Votre vidéo la plus originale possible et en format paysage est à envoyer à l’adresse suivante : lockdownmusic@henripfr.com jusqu’au 27 mars à minuit.

Les musiciens et producteurs en herbe sont également invités à participer et transmettre leurs meilleures compositions.

Henri PFR va collecter toutes les vidéos reçues et les intégrer dans un morceau unique qu’il publiera sur ses divers réseaux sociaux dans le courant du mois d’avril.

Pour Henri PFR, le confinement est donc synonyme de solidarité et de créativité. Et pour vous ?

 

Vous pouvez également retrouver cet article sur le site du Suricate Magazine.

 

Les mains de Louis Braille d’Hélène Jousse

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Sculptrice française, Hélène Jousse est depuis toujours passionnée par l’écriture et les arts en général. Elle a réalisé de nombreuses collaborations artistiques dans des galeries et autres espaces culturels en France, en Suisse, en Belgique ou encore à Singapour. « Les mains de Louis Braille » est son premier roman.

Dans ce livre, nous suivons deux histoires d’obscurité en parallèle. Tout d’abord, celle de Constance, dramaturge et veuve depuis peu. Son époux était devenu progressivement aveugle durant la dernière année de sa vie. Il avait entrepris l’apprentissage du braille avec son épouse à l’Institut national des jeunes aveugles. D’abord intriguée par cet alphabet puis passionnée par l’histoire de ces petits points, Constance décide de s’immerger dans la vie de Louis Braille.

Thomas, son ami et producteur, voit Constance sombrer peu à peu dans la noirceur et lui propose d’écrire un biopic sur la vie de Louis Braille en vue d’une adaptation cinématographique.

La seconde histoire est, bien sûr, la vie de Louis Braille, l’inventeur du système d’écriture tactile à points saillants qui porte son nom. A l’âge de trois ans, Louis se perce accidentellement son œil droit alors qu’il faisait des trous avec un poinçon. L’infection se propage rapidement à l’œil gauche, laissant Louis aveugle quelques mois plus tard.

Nous suivons Louis dans toutes les étapes de sa vie, de son enfance à son adolescence avec une frustration croissante, celle de ne pouvoir lire des livres. En effet, à l’école, les enfants apprenaient à lire sur des lettres en relief, ce qui rendait la lecture difficile et lente. Les enfants oubliaient parfois le début de la phrase avant d’arriver à la fin. Louis n’a alors qu’un objectif « donner des yeux aux doigts » et souhaite une lecture plus fluide avec un intérêt porté sur la rapidité de compréhension du mot. A 18 ans, sa rencontre avec Charles Barbier va tout changer car Braille va s’inspirer de cette méthode de transcription des messages de l’armée en y effectuant des modifications essentielles telles que les espaces entre les points ou le format des lettres.

Ce livre alterne donc entre les carnets rouges de Constance et la vie passionnante de Louis Braille. Ces carnets rouges sont les témoins des états d’âme et des recherches de la dramaturge mais ils vont petit à petit être le reflet de la vie et de l’influence de Braille sur Constance.

Hélène Jousse livre un récit brillant et parfaitement documenté qui ne tombe jamais dans le pathos malgré des sujets difficiles. Il s’agit, avant tout, d’un message d’espoir et de résilience. L’auteure nous prouve qu’il ne faut pas être aveugle ou malvoyant pour se retrouver dans l’obscurité mais qu’il faut toujours être attentif à une lueur même si celle-ci est fragile.

L’art est très présent dans ce roman avec notamment le suivi du processus créatif du biopic mais également dans l’écriture. Celle-ci est poétique, fluide, entraînante et habilement maîtrisée pour un premier roman.

Souvent oublié ou passé inaperçu, il était important de rendre un hommage à Louis Braille dont le génie n’avait d’égal que la modestie. Nous conclurons avec la phrase d’Erik Orsenna à propos de cette œuvre : « Un livre qui fait voir ».

(L’article est également présent sur le site du Suricate Magazine)

Terre errante de Liu Cixin

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Né en 1963 à Yangquan dans la province du Shanxi en Chine, Liu Cixin (刘慈欣) est incontestablement l’un des écrivains de science-fiction les plus populaires depuis sa trilogie « Le Problème à trois corps » dont le premier tome (三体) a été publié en 2016 dans la collection Exofictions.

« Terre errante » (流浪地球) précède la trilogie ainsi que « Boule de Foudre » (乡村教师) puisqu’il s’agit d’une novella écrite en 2000. Elle est publiée maintenant car une adaptation cinématographique est sortie l’année dernière, sous le nom de « The Wandering Earth » (流浪地球) avec Wu Jing, Qu Chuxiao et Ng Man-tat dans les rôles principaux. Ce film est disponible sur Netflix depuis avril 2019 mais malgré des images sublimes, celui-ci est creux et à oublier malheureusement.

Dans ce roman court, les astrophysiciens ont découvert que la conversion de l’hydrogène en hélium s’est accélérée à l’intérieur du Soleil. Les jours du système solaire ainsi que de l’humanité sont définitivement comptés. La seule solution est la fuite mais avec quel dispositif ? Commence alors une aventure gigantesque dans laquelle on assiste à la transformation de la planète en un vaisseau interstellaire. Celui-ci a pour but d’envoyer la planète vers Proxima du Centaure.

L’histoire est contée à travers les yeux d’un petit garçon qui assiste impuissant aux dernières heures du Soleil. Nous assistons à des scènes magistrales et spectaculaires telles que la fin de la rotation terrestre, les tsunamis, les irruptions de magma, les changements de température, … Cette destruction progressive est également synonyme de désillusions et de disparitions diverses (croyances, religions, sentiments, …).

Liu Cixin a le don pour écrire des livres de science-fiction qui possèdent une profondeur supplémentaire car ils posent des questions scientifiques, environnementales et même philosophiques. Dans cette novella, il réussit l’exploit de raconter l’histoire d’une évasion planétaire et d’inviter à la réflexion en 80 pages. Le seul point négatif est une absence d’émotion car nous nous retrouvons dans un cadre très (trop ?) scientifique et presque aseptisé. De plus, nous ne parvenons pas à nous attacher aux personnages principaux.
Néanmoins, nous retrouvons ici tous les éléments qui font le succès de ce digne successeur d’Isaac Asimov comme une écriture extrêmement précise, vive et un sens exceptionnel du détail.

 

(Cet article est également présent sur le site du Suricate Magazine)

La Peur de C. L. Taylor

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Née en 1973, Carol Louise Taylor (dite C. L. Taylor) est diplômée en psychologie de l’université de Northumbria (Newcastle upon Tyne, Angleterre). Elle a travaillé comme développeuse et conceptrice pédagogique avant de débuter une carrière d’écrivain. Elle affectionne particulièrement les thrillers psychologiques mais écrit également des romans « chick lit » sous le pseudonyme de Cally Taylor.

La Peur est son cinquième livre après L’AccidentLe MensongeLa Disparition et La Fuite… Nous pouvons voir que l’autrice aime les titres courts et percutants !

Ce livre commence lorsque Lou, une adolescente, s’enfuit en France avec Mike Hughes, son professeur de karaté. La virée romantique se transforme rapidement en cauchemar lorsque Mike montre son vrai visage et se transforme en psychopathe. Dix-huit ans plus tard, Lou revient dans sa ville natale et découvre que Mike a une relation avec une jeune fille prénommée Chloé. Les souvenirs enfouis par Lou refont surface : elle souhaite, dès lors, protéger Chloé et ainsi, éviter qu’elle ne vive les mêmes traumatismes. Lou est déterminée à dénoncer Mike mais à quel prix ?

C. L. Taylor traite de plusieurs sujets tels que l’emprise psychologique, la relation de confiance, le statut de victime et le fondement de résilience. Les chapitres sont courts et dédiés à un personnage : nous alternons donc entre les histoires de Chloé et de Lou (et d’autres personnages), entre le passé et le présent. Cette alternance permet à l’autrice de distiller progressivement les rebondissements et autres preuves.

La lecture de ce page-turner est agréable car l’écriture est fluide, attrayante et les personnages sont bien construits. Nous ressentons particulièrement que l’autrice est psychologue de formation car le personnage de Mike est très travaillé et « étudié » sous diverses facettes.

Mais, le principal point négatif de ce roman réside dans son titre : « La Peur »… En effet, avec un titre pareil, nous nous attendons à ressentir de l’angoisse, de la frayeur et de l’effroi. Mais, malheureusement, nous ne retrouvons pas cette émotion à part quelques rares moments d’inquiétude. C.L Taylor explore tous les stratagèmes et clichés parfois hasardeux des thrillers : « On n’entend que le bruit de succion humide de la lame, qui entre et sort de son cou ».

Nous pouvons aussi noter quelques incohérences et contradictions ainsi que des situations purement théâtrales bien connues des scénaristes de séries B. De tels passages sont très décevants car, le thème et la psychologie des personnages laissaient présager un thriller de qualité.

 

(Cet article est également disponible sur le site du Suricate Magazine)

Un bonheur que je ne souhaite à personne de Samuel Le Bihan

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Né en 1965, Samuel Le Bihan est surtout connu pour sa carrière d’acteur et ses rôles dans les films « Vénus Beauté (institut) », « La Pacte des loups » ou plus récemment dans la série « Alex Hugo ».

Pour son premier roman, Samuel Le Bihan a souhaité traiter d’un sujet sensible et personnel : l’autisme, dont sa fille, Angia, née en 2011, est atteinte.
Non, il ne s’agit pas d’une énième célébrité qui se confie sur sa vie et ses aléas pour récolter popularité, reconnaissance ou regain de gloire. Ce livre n’est pas autobiographique puisqu’il ne parle pas du combat de l’acteur mais nous ressentons évidemment qu’il est fortement inspiré de son parcours. Dans ce roman, nous suivons Laura, maman dévouée, qui s’occupe seule de ses deux garçons : Ben, adolescent et César, autiste âgé de 7 ans.

Laura est une héroïne actuelle qui se bat quotidiennement pour garder intact le fragile édifice qu’elle a construit. En plus de son métier, elle doit jongler entre les visites chez différents spécialistes (orthophoniste, kinésithérapeute, ergothérapeute,…) pour César, la crise d’adolescence de Ben et l’association qu’elle a créée pour aider les parents d’enfants différents. Un rythme effréné pour cette maman célibataire qui a mis sa vie personnelle et amoureuse entre parenthèses.

Elle est également confrontée à plusieurs obstacles, notamment lorsque l’aide d’une Auxiliaire de Vie Scolaire (AVS) est refusée et que cette décision met en péril la rentrée scolaire de César. Laura doit régulièrement pallier les manques et défaillances de l’Etat pour ces enfants « oubliés ». Mais ce livre traite aussi du regard des autres avec plusieurs histoires qui feront écho chez de nombreux parents ; dont une scène au supermarché. Laura doit faire régulièrement face aux réflexions désagréables, à l’ignorance ou à l’indifférence des personnes qu’elle croise sur son éprouvant chemin.

Malgré tous les obstacles décrits dans le livre, Samuel Le Bihan a réussi à écrire un récit lumineux, un message d’espoir et a voulu rendre hommage à toutes ces mamans qui se battent chaque jour. Dans plusieurs interviews, l’acteur reconnaît qu’il a évidemment un statut privilégié mais qu’il a souhaité s’investir dans cette cause car au cours de multiples démarches, il a rencontré de nombreuses personnes qui se heurtaient aux difficultés administratives, médicales, … Il a voulu témoigner à travers le personnage de Laura.
L’écriture est extrêmement fluide, sensible, juste et même empreinte de poésie. Chaque paragraphe est pensé, réfléchi et apporte de nouveaux éléments très intéressants. Le livre alterne entre des moments d’émotion intense et d’autres plus drôles comme la vie.

 

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